Un dernier carré de cinéphiles vieillissants qui resserre les rangs dans la salle de Bonlieu Scène nationale désormais trop grande, sauf quand des scolaires l’envahissent: pour sa 33e édition, qui le voyait réintégrer son cadre d’origine rénové après trois ans d’exil en multiplexe, le festival Annecy Cinéma Italien n’a pas fait grande impression. À qui la faute? Aux coupes budgétaires répétées qui l’affaiblissent, sûrement, mais aussi aux films eux-mêmes. Car si les grands anciens ont parfaitement tenu leur rang, de Nanni Moretti (Mia madre) à Marco Bellocchio (Sangue del mio sangue), le gouffre n’aura jamais paru plus grand entre eux et une relève trop timide pour percer sur la scène internationale.

Malgré une production pléthorique d’environ 200 longs-métrages annuels (documentaires compris), il n’est en effet pas facile de trouver huit premières œuvres valables pour monter une compétition. Heureusement, le palmarès rendu samedi dernier aura au moins trouvé un Grand Prix incontestable: Last Summer de Lamberto Guerra Seragnoli, étonnant huis clos en langue anglaise et en plein air sur un voilier au large des côtes italiennes. Le film ne raconte rien de plus que les adieux d’une mère divorcée à son petit garçon dont elle a perdu la garde. Mais avec un tel talent de mise en scène que le spectacle en devient captivant.

Ce film lancé au dernier Festival de Rome ne fait malheureusement pas partie du choix de six films présenté ce week-end aux Cinémas du Grütli de Genève, arrêté avant le festival. On n’y verra pas plus le Prix spécial du jury La Terra dei santi de Fernando Muraca, film de mafia dont la seule originalité est d’aborder la question du côté des femmes. Par contre les deux films qui ont reçu des prix d’interprétation seront de la partie. Après Salvo (2013), Cloro de Lamberto Sanfelice confirme ainsi le talent de la toute jeune Sara Serraiocco, qui porte sur ses épaules ce dur récit d’apprentissage: une adolescente d’Ostie passionnée de nage synchronisée s’accroche à son rêve de compétition malgré sa relocalisation dans une haute vallée des Abruzzes, entre un père dépressif et un petit frère dont elle doit s’occuper. Un film valable, passé par le Festival de Sundance, mais pour quel public? Au moins, la réponse à cette question est claire avec la comédie Se Dio vuole d’Edoardo Falcone, qui a distingué un excellent Marco Giallini tout en raflant le Prix du public. À défaut d’y découvrir un cinéaste prometteur, on s’amuse bien à cette histoire de grand chirurgien romain déstabilisé par la décision de son fils de devenir prêtre.

Petit ami sicilien

Plus surprenante aura été l’absence de prix pour L’Attesa de Piero Messina, qui a peut-être payé pour sa sélection en compétition à la Mostra de Venise et son duo de vedettes françaises, Juliette Binoche et Lou de Laâge. Proche de Paolo Sorrentino dont il fut l’assistant, Messina privilégie la forme au détriment du fond dans ce récit d’une jeune femme qui rend visite à son petit ami en Sicile mais n’y trouve que sa mère, incapable de lui dire que son fils est mort. Trop de vaines attentes meublées de non-dits et d’images somptueuses suggèrent un jeune auteur plus prétentieux que vraiment inspiré.

Les trois derniers films à découvrir ce week-end étaient hors compétition. Autre comédie sympathique, Noi e la Giulia de l’acteur-réalisateur Edoardo Leo suit un quintette d’antihéros qui décident d’ouvrir un gîte rural en Basilicate (région du Sud) et tiennent tête à la mafia locale. Plus ambitieux, Nessun si salva da solo, 5e opus de l’acteur Sergio Castellitto, confirme quant à lui les limites du réalisateur. Toujours à partir d’un récit de son épouse, la romancière Margaret Mazzantini, le film fait l’autopsie d’une histoire d’amour avec un duo d’acteurs (Jasmine Trinca et Riccardo Scamarcio) sans échapper à une banalité petite-bourgeoise.

Enfin, on n’a pas encore vu Vergine giurata (Vierge sous serment) de Laura Bispuri avec Alba Rohrwacher dans le rôle d’une Albanaise devenue un homme pour échapper à son destin de soumission et qui tente de retrouver son identité féminine une fois partie refaire sa vie en Italie. Mais sa sélection en compétition à la dernière Berlinale et des critiques élogieuses à sa récente sortie française en font apparemment l’incontournable du lot. Confirmation que le meilleur cinéma transalpin actuel voit au-delà des frontières à défaut d’avoir trouvé la manière de présenter les problèmes internes du pays?