Tintin au pays des Zubrowes

Hollywood a fait croire que Tintin accédait à la grandeur du 7e art par la grâce de Steven Spielberg. Contresens! Le nabab a la force de feu, il lui manque l’esprit. Son barnum 3D fait un bourbier de l’œuvre d’Hergé.

Les Aventures de Tintin découragent les adaptations cinématographiques, mais insufflent leur dynamisme aux films de ceux qui les vénèrent. Philippe de Broca a réussi des transpositions libres dans L’Homme de Rio ou Les Tribulations d’un Chinois en Chine. Bruno Podalydès glisse dans tous ses films une maquette de la fusée d’Objectif Lune et recrée le Klow-Restaurant syldave dans Dieu seul me voit.

Moustache de Pleksy-Gladz

Avec The Grand Budapest Hotel, Wes Anderson se positionne comme un autre de ces épigones malicieux. Entre la Syldavie et la Bordurie, il insère une petite république imaginaire, Zubrowka, et Bill Murray arbore des moustaches dignes de Plekszy-Gladz.

Davantage que le décor, l’humanisme cocasse ou les personnages farfelus, la filiation se révèle à travers la simplicité et l’efficacité narratives. En affirmant les verticales et les horizontales, Wes Anderson se réclame de la ligne claire. Un train qui va de gauche à droite suffit à dire que les héros se rendent à la capitale. Lorsqu’on active l’internationale des concierges de palace, une suite de pastilles fait le tour du monde comme ces cases du Lotus bleu réunissant un bourgeois belge, un colon africain, un businessman américain et un maharadjah autour d’un bulletin radiophonique. Quant à la labyrinthique évasion de prison, elle renvoie aux architectures délirantes de Joost Swarte, cet enfant spirituel d’Hergé qui a réinventé la ligne claire dans les années 80 .