Scènes

Au TKM, le public plébiscite les quiproquos à gogo

«La Comédie des erreurs» est la pièce la plus légère de Shakespeare. La mise en scène minimale de Matthias Urban laisse toute la place aux comédiens qui jouent à fond la stupéfaction et font rire la salle. A voir à Renens, avant une grande tournée romande

Rebondissements en pagaille, quiproquos à gogo, «La comédie des erreurs» de Shakespeare convient parfaitement à la saison, car est un véritable cadeau. Jeudi dernier, soir de première, le public était d’ailleurs aux anges, au TKM, Théâtre Kléber-Méleau. L’art de Matthias Urban? Laisser toute la place aux comédiens, une belle brochette d’acteurs romands qui jouent à fond la carte de la stupéfaction. La réserve? Un manque d’idées pour animer cette suite de malentendus et un décor trop pâle et plat – une paroi de nuages et un tréteau –, pour cette partition staccato.

Deux fois deux jumeaux

«La comédie des erreurs»? C’est la pièce la plus légère de Shakespeare, la plus courte aussi. Une œuvre de jeunesse inspirée d’une farce de Plaute qui raconte comment deux couples de jumeaux – deux maîtres, deux serviteurs séparés depuis l’enfance- se retrouvent sans le savoir dans la même ville, Ephèse, le même jour et vivent une pluie de contretemps hilarants. L’action cavale sans répit, le beau-frère devient le mari, l’épouse se transforme en furie et les serviteurs sont doublement punis. Il faut le redire ici, le public est ravi.

C’est que chaque comédien a son moment de bravoure dont certains peuvent faire pleurer aux larmes. A commencer par la crise de Sabrina Martin en épouse délaissée. Plus elle explose, dans sa robe rouge sang, plus on rit. A ses côtés, Lucie Rausis compose une sœur éberluée. Et joliment troublée quand François Nadin qu’elle pense être le mari de sa sœur, la séduit. A ce moment-là, le comédien ne joue pas Antipholus d’Ephèse, mais Antipholus de Syracuse. Eh oui, les jumeaux portent le même nom pour ajouter à la confusion. L’acteur excelle à passer du jumeau maffieux au jumeau studieux. Même chose pour François Florey. Les deux serviteurs s’appellent Dromio, de quoi multiplier les quiproquos, et le facétieux acteur est également brillant lorsqu’il plie sous les coups et courbe doublement le dos. Son monologue sur la cuisinière (Thierry Jorand, craquante!) qui veut son corps est un sommet de drôlerie. Comme le numéro d’Antonio Troilo lorsqu’il joue le mage (foireux) que l’épouse a appelé pour désenvoûter son mari fêlé et qu’il en fait des tonnes dans le registre sortilèges et grandes plantées.

Et l’émotion alors?

Rien à dire sur le jeu. Il est positivement joyeux, gaguesque, furieux. Par contre, la mise en scène manque de traitement, même si deux musiciens apparaissent régulièrement au-dessus du mur pour bruiter les passages les plus haletants. On est loin de la proposition de Dan Jemmett à Vidy-Lausanne, en 2010, qui avait situé l’intrigue dans un «Biergarten» avec boules à facettes disco et avait soigné les tempi et les variations de tempérament de quoi créer une vraie progression dans l’émotion et l’affolement. Ici, tout va toujours tambour battant. Redoutant peut-être l’épuisement du sujet qui, de fait, se répète, Matthias Urban opte pour la chanson comme diversion. Chacun y va de son couplet, pop sucrée ou rock satanique, mais l’initiative fait un peu fin de soirée arrosée…

Reste le rire, le nôtre et celui du public, suscité par les excès assumés des comédiens qui n’ont peur de rien. C’est gai, simple et ça fait du bien.


La Comédie des erreurs, jusqu’au 22 déc., TKM, à Renens, 021 625 84 29, www.t-km.ch. Le 18 janv. 2017, Théâtre Benno Besson, à Yverdon; Le 20 janv., Nuithonie-Equilibre, à Villars-sur-Glâne; le 31 janv., Théâtre de Valère, à Sion. Et du 21 mars au 9 avril, Théâtre de Carouge, à Genève.

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