Interview

Tobias Richter: «D’abord réussir la dernière saison. Après on verra»

A l’occasion de son ultime programmation lyrique, le directeur du Grand Théâtre livre quelques réflexions sur la scène qu’il aura dirigée dix ans à son départ en juin 2019

S’il n’est pas encore l’heure de tirer un bilan avant la dernière production de la saison prochaine, Tobias Richter s’exprime sur le passé, le présent et le futur.

Le Temps: Qu’en est-il de l’évolution de la maison depuis votre arrivée?

Tobias Richter: Elle est dans un état absolument sain et je pense qu’on a bien respecté les règles. Le problème qui se profile, c’est qu’il y aura un gros travail à faire sur les structures. Je ne pense pas que tout l’argent à disposition du Grand Théâtre soit a priori dépensé au bon endroit, notamment pour la partie ville. Parce qu’il faut restructurer et réorganiser la maison, avec naturellement une refonte des statuts qui pourrait se faire mais qui prend beaucoup trop de temps.

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Un des grands problèmes de l’institution est le conflit entre la ville et le canton, qui pèse sur tout. A mon avis, c’est complètement superflu. Les problèmes de Genève n’existent nulle part ailleurs dans le monde. Et ça, je le regrette beaucoup, car c’est une maison formidable et Genève est une ville idéale pour faire des choses magnifiques. Il y a malheureusement des fonctionnements très restrictifs qu’il faudrait traiter autrement.

Vous quittez en même temps le Septembre musical de Montreux et Genève. Pour d’autres projets?

Je vais encore profiter de ma bonne santé et enfin ne plus me consacrer à des projets sur de longs mandats pour diriger une institution. C’était ma volonté de mettre fin à cette situation, personne ne me l’a imposé. Je pense que c’est un privilège de pouvoir choisir soi-même le moment d’arrêter.

Envisagez-vous un retour à la mise en scène?

Non, pas spécifiquement. J’avais la liberté d’en faire ici, le conseil m’avait laissé libre. Mais je ne voulais pas me retrouver dans une situation de multitâche et cumuler un travail artistique avec la gestion d’une grande institution. Je suis dans une phase de ma vie professionnelle où je trouve cette situation désagréable. Pour l’avenir, il est très probable que je puisse faire de temps en temps des mises en scène, mais ce ne sera pas au centre de mes activités. Je veux me réorienter, vous aurez certainement des précisions là-dessus dans les douze mois à venir. Pour l’instant, je me consacre totalement à la réalisation de cette dernière saison, avec celle du Septembre musical. Après je m’arrêterai.

Une succession ou une mise au concours se dessinent-elles à Montreux?

Je ne suis pas impliqué dans le processus, et d’après ce que j’ai compris il est fort probable qu’ils présentent la solution pour ma succession au courant du mois de mai. Le président de la fondation, Laurent Maire, vous en dira plus.

Que n’avez-vous pas pu faire dans la saison prochaine?

Je regrette beaucoup que le contemporain n’y ait pas eu de place, mais vu les circonstances, ce n’était pas envisageable dans une situation hors les murs de trois ans. C’était physiquement impossible dans les délais imposés. Le pragmatisme me guide. Vous ne pouvez pas créer en moins de douze mois une composition contemporaine, ou un projet autour d’une œuvre nouvelle. Si j’avais été en position de créer ma dernière saison comme je l’avais initialement prévu, le résultat aurait été différent, notamment au niveau de la modernité.

Vous avez fait la part belle au baroque à l’ODN.

J’ai toujours dit qu’il était difficile de présenter sur la scène de Neuve le répertoire baroque. Médée est un projet très spécifique avec le Coliseum de Londres, qui est une des plus grandes scènes d’Europe. Quand on avait réfléchi à un grand projet baroque commun, c’était en fonction des dimensions de nos deux scènes, bien avant qu’on parle d’ODN. Cette occasion rare verra le jour au Grand Théâtre l’an prochain. J’avais annoncé que je ferais du baroque quand j’aurais la structure adaptée et l’ODN était idéal pour ça.

Vous avez programmé trois nouvelles productions («Boris», «Carmen», «Ballo»), la reprise de la Tétralogie et trois coproductions. Le bon équilibre?

Le fonctionnement le mieux adapté. Pour les coproductions, elles représentent vraiment un travail commun. Ce ne sont pas des reprises d’autres scènes ou des invitations.

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