Théâtre

Tokyo, hôtel et transe ado

Yvan Rihs monte «Cinq Jours en mars» de Toshiki Okada. Un texte secoué qui reflète la vie de la jeunesse tokyoïte tiraillée entre devoir et fascination pour l’évasion

Un texte comme une partition. Avec un thème principal et de multiples manières de l’interpréter: en monologues hachés, en récits, en musique aussi. Cinq Jours en mars, de Toshiki Okada, évoque les pièces de Thomas Bernhard et leur obsession de dire et de répéter le même motif, provoquant une spirale entêtante. Sauf que, chez l’auteur autrichien, la spirale est descendante alors que, chez son homologue japonais, relayé par Yvan Rihs à la mise en scène, la spirale est résolument ascendante. Sexe, transe et rock’n’roll: au Grütli, à Genève, la jeunesse nippone est libertine et remuante.

Cinq Jours en mars, c’est l’histoire d’une bulle. Celle que forment Minobe et Yukki en passant cinq jours dans un love hotel à faire l’amour sans s’arrêter. En marge de cette retraite fusionnelle, la déclaration de guerre des Etats-Unis à l’Irak en 2003. L’épisode remplit un double emploi. Il agit comme marqueur du temps et renforce l’idée de la bulle érotique. En parallèle encore, une autre aventure inachevée: celle d’Azuma et Miffy, jeunes gens dont la rencontre a d’emblée un goût de séparation.

Mais plus qu’une narration, la pièce d’Okada est une matière. Un oratorio de la parole multiple, diffuse, confuse. Un jaillissement anarchique et incessant qui traduit la part exubérante de Tokyo.

Yvan Rihs. Dès Les Grandes Espérances de Charles Dickens, sa première création importante, le metteur en scène genevois a séduit par sa capacité à dérouler un texte ample avec un minimum de moyens (de la fumée, des éclairages, un jeu feutré) pour un maximum de poésie et d’efficacité (LT du 18.12.2008). Il a confirmé ensuite avec Le Dragon, d’Evgueni Schwartz, où la drôlerie se mêlait au questionnement politique. Là encore, peu de décor, mais des effets de lumière et un jeu percutant, entre harangue publique et impros (LT du 28.07.2011).

Dans Cinq Jours en mars, on retrouve ce sens de l’adresse et cette capacité à multiplier les registres pour mieux cerner le propos. La forme est éclatée? Le spectacle explose entre concerts, chorégraphies (Kylie Walters), trips collectifs et récits individuels? C’est pour mieux raconter l’étrangeté des relations dans une métropole tiraillée entre sens du devoir et fascination pour l’évasion. A ce jeu sous acide, les comédiens et musiciens excellent. Emmenés par un Vincent Fontannaz plus vif que jamais, Olivia Csiky Trnka, Camille Mermet, François Revaclier, Davide Cornil et Thierry Debons transcendent le verbe allumé de Toshiki Okada.

Cinq Jours en mars, Grütli, Genève, jusqu’au 7 avril, tél. 022 888 44 88, 2h. www.grutli.ch

Publicité