Tourisme

Tomorrowland Winter, l'électro au sommet

L’Alpe d’Huez, célèbre station d’Isère, accueillera du 9 au 16 mars la première déclinaison hivernale de Tomorrowland, colosse belge des festivals de musique électronique. Avec près de 30 000 festivaliers attendus, devant la scène et sur les pistes, la région veut s’offrir un nouveau souffle

On connaît bien la montée qui mène à l’Alpe d’Huez. Tous les étés, les caméras sont braquées sur cette succession de virages en épingle où s’arc-boutent les champions du Tour de France. En hiver, c’est un tout autre peloton, celui des voitures alourdies de porte-skis qui zigzaguent jusqu’à l’entrée de cette station d’Isère, perchée à 1860 mètres dans le massif des Grandes Rousses. En ce jour de fin février, les nouveaux vacanciers découvrent les pics enneigés, les terrasses ensoleillées… et un énorme échafaudage violet.

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En s’approchant du ballet des grues, on distingue un squelette de scène XXL, orné de frises baroques et de fausses cascades givrées. Ce smili-palais des glaces n’est autre que la pièce maîtresse d’une grande fête que s’apprête à accueillir l’Alpe d’Huez: la première édition hivernale de Tomorrowland, festival belge de musique électronique figurant parmi les plus célèbres et les plus courus du monde.

Image «plan-plan»

Quatre jours, six scènes, 25 000 festivaliers et quelque 36 000 sur liste d’attente: les chiffres ont de quoi donner le tournis. Même pour l’Alpe d’Huez, hôte régulier de manifestations sportives et culturelles – dont le Festival international du film de comédie –, l’événement est sans précédent. Rien de surprenant toutefois au vu du gabarit de Tomorrowland Belgique, qui investit chaque fin juillet une ancienne carrière de 75 hectares près d’Anvers. Et dont les décors, jusqu’à la moindre poubelle, semblent tout droit sortis d’un film de Tim Burton.

Voilà près de trois ans que le festival, cherchant à s’implanter dans les hauteurs européennes, a approché l’Alpe d’Huez. Qui flaire tout de suite le potentiel: «Nous étions nous-mêmes à la recherche d’un événement hivernal de portée internationale car, comparé aux grandes stations comme Méribel, nous recevons relativement peu de clientèle venue d’ailleurs», précise François Badjily, directeur d’Alpe d’Huez Tourisme. Autre avantage: dynamiser l’image «un peu plan-plan» de ce haut lieu touristique qui risquait de «s’endormir sur son succès».

Après deux ans de tractations, la station remporte le fameux sésame, préférée à Val Thorens et à La Plagne pour son ensoleillement et son expérience du Tour de France. Avec un sacré effort financier à la clé, frisant le million d’euros. Le risque sera payant: fort d’une communication léchée et d’une affiche grand public, avec de grands noms couvrant tous les styles comme Afrojack, Martin Solveig, Steve Aoki ou Martin Garrix, Tomorrowland Winter affiche rapidement complet. On viendra de Belgique, naturellement, de Suisse mais aussi de Chine pour vivre l’électro sur les cimes. Le festivalier type: un trentenaire au fort pouvoir d’achat qui déboursera entre 700 et 900 francs pour un pass de quatre ou sept jours.

DJ en ratrack

«Nous voulions le même effet «waouh» qu’en Belgique, mais dans un univers enneigé.» Lunettes de soleil et talkie-walkie, Melanie Turleque, responsable locale de Tomorrowland et inspectrice des travaux finis, nous guide entre les scènes en chantier. Outre la main stage, spécialement conçue pour l’occasion et dressée sur le parking central de la station, on découvre l’Orangerie, une énorme tente transparente aux imprimés rappelant des vitraux, capable d’accueillir 11 000 fêtards ainsi qu’un espace lounge et des stands de restauration.

En plus des scènes au niveau du village, Tomorrowland Winter se déclinera sur tout le domaine skiable. Les festivaliers pourront entre autres se trémousser sur les hauteurs du Pic Blanc, à 3300 mètres d’altitude. La plus haute scène d’Europe, précise Melanie Turleque. «Danser en chaussures de ski et doudoune, c’est le genre de moment unique que nous voulions offrir aux festivaliers.» Tout comme la rencontre improbable avec une dameuse musicale qui s’immobilisera, DJ à son bord, pour de petits sets surprises. Mieux vaut ne pas schusser trop vite.

Choc des civilisations

Des rendez-vous musicaux sur les pistes, le choix est stratégique. Car plus que des clubbeurs, ce sont bien les fans de glisse que souhaitait attirer François Badjily. «Des gens qui font la fête la nuit et dorment la journée, ce n’est pas intéressant pour nous. Nous voulions avant tout qu’ils découvrent le domaine.» Tous les billets du festival étaient donc combinés à un forfait de ski. Des casiers pour ranger ses lattes ont été prévus et les horaires des concerts, pensés en conséquence: de 16h à 22h pour la grande scène, histoire de laisser les sportifs se reposer.

Et pas n’importe où. Ne pouvaient acheter leurs billets que ceux qui s’étaient dégoté un hébergement à l’Alpe d’Huez ou dans les villages partenaires. Une manière de réguler le nombre de festivaliers tout en engrangeant un maximum de nuitées. «Des gens qui dorment dans leur voiture ou dans des couloirs, ce n’est pas non plus l’image de la station», explique François Badjily.

Justement: une station appréciée des familles pour son cadre et son calme, envahie par une horde de jeunes survoltés, ça ne ferait pas un peu désordre? Si. Alors pour éviter le choc des civilisations, la station a tout simplement décidé de ne pas les faire se rencontrer. Pendant les quatre jours que dure Tomorrowland Winter, seuls les festivaliers auront accès au domaine skiable. «A part les propriétaires, il n’y aura qu’eux à l’Alpe d’Huez. On évite du même coup les plaintes pour le bruit!»

Drogue, sexe et alcool

Une «privatisation» de la station qui n’a pas été au goût de tout le monde. La mairie a donc enchaîné les réunions de conciliation avec les résidents et commerçants du coin, jusqu’à emmener, l’été dernier, une délégation de sceptiques à Tomorrowland Belgique. «Ils associaient le festival à une rave party avec drogue, sexe et alcool, mais sont revenus convaincus», assure François Badjily. Et à ceux qui déplorent, sur la page Facebook de l’Alpe d’Huez, un festival «qui va tuer la nature», il met en avant une gestion des déchets impeccable et un important service de navettes.

N’en déplaise à ses détracteurs, l’aura Tomorrowland fait déjà des merveilles. «Depuis l’annonce de l’événement, les médias, les tour-opérateurs pensent davantage à nous, se réjouit François Badjily. Ce qui explique peut-être que nous connaissions une saison extraordinaire.» L’Alpe d’Huez, qui a signé pour cinq ans, peut se frotter les gants.


Sommets suisses au rythme des beats

Si la machine Tomorrowland ne trouve pas d’égal sur nos cimes, de nombreux festivals électro s’y sont implantés ces dernières années. Jusqu’à devenir un rendez-vous indispensable? «Avec le ski en perte de vitesse, chacun essaie de se diversifier», note Samuel Bonvin, responsable marketing de Crans-Montana Tourisme. Où l’on fêtera mi-avril les 16 ans du Caprices, pionnier en la matière et connu pour sa programmation pointue. Dès le départ, l’objectif est multiple: «D’abord, rallonger la saison, en attirant du monde à une période où les conditions d’enneigement sont incertaines. Mais aussi fidéliser les propriétaires de résidences secondaires, en offrant à leurs jeunes une activité nocturne.»

Cabane militaire

Miser sur les DJ pour toucher la nouvelle génération, c’est aussi l’un des paris du Polaris, qui transforme les hauteurs de Verbier en dancefloor le temps d’un long week-end, début décembre. «Les clubbeurs collent à notre image de marque, celle d’une station pure energy, souligne Gaël Gillioz, responsable communication de Verbier Promotion. Cela représente un grand écart avec le public du festival classique, organisé en été.»

Il n’y a pas que les grandes stations qui s’offrent le frisson électro. Depuis six ans, Villars vibre au rythme de l’Afterseason: trois jours de basses dans une cabane militaire perchée sur les pistes, à la fin mars. Une initiative de jeunes de la région soutenue par l’office du tourisme. «Les festivaliers sont de grands consommateurs, explique le directeur, Sergei Aschwanden. Même si la majorité ne skie pas, ils mangent en terrasse et dorment sur place. Les retombées directes et indirectes pour la station avoisinent les 100 000 francs. On parle encore d’un événement de petite taille, mais qui cherche à se développer.»

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