Toni Morrison, la souveraine, est partout chez elle. A son autorité naturelle s'ajoute l'aura du Prix Nobel décerné en 1993. Elle enseigne, elle écrit des essais et des romans. Elle vient d'achever Mercy, dont elle lira des extraits à l'Auditorium du Louvre le 17 novembre. La voici chez elle dans ce musée dont elle a arpenté les salles pendant deux ans. Mais le thème qu'elle a choisi est celui de l'étranger. «The Foreigner's Home», en anglais la double signification est plus claire. L'étranger est chez lui, dans sa mémoire et dans ses souvenirs. Et il est chez lui dans la nouvelle terre, bien ou malvenu.

«Le destin du XXIe siècle sera modelé par la possibilité d'existence, ou par l'effondrement d'un monde que l'on peut partager. parmi toutes les communautés qui sont à même d'arbitrer les malentendus, de neutraliser les toxines de la haine qui nous assaillent et nous divisent, la communauté artistique est unique», c'est le credo de la romancière qui ajoute: «L'engagement artistique dans le projet humain n'est jamais anodin. Il est à la fois réfléchissant et brûlant comme le fer rouge.»

Aves les conservateurs du Louvre, Toni Morrison a dessiné des parcours dans les départements de l'Antiquité, attentive aux œuvres qui représentent «la mobilité, l'éloignement, l'appartenance». Nous sommes tous sur le Radeau de la Méduse. Si le tableau de Géricault a fasciné la romancière au point de figurer au centre de sa réflexion, c'est que l'œuvre lui paraît un parfait exemple de «l'art dépassant son cadre». Elle y entend «un appel à la prise de conscience du désespoir, de la destruction et de la tristesse de la condition humaine». Un écho à ses écrits, eux aussi empreints d'une énergie roborative, en dépit de leur noirceur.

Toni Morrison a voulu faire entrer au Louvre les autres arts. Parmi ses invités, le danseur William Forsythe dont la gestuelle entre en dialogue avec les œuvres; le cinéaste noir américain Charles Burnett, qu'elle rencontrera en public, au cours de la rétrospective d'une œuvre mal connue. Troublée par les émeutes de la banlieue parisienne, l'an dernier, alors qu'elle travaillait au musée, la romancière a approché les slameurs de Canal 93. Ils sont au Louvre ce soir et tiennent une bonne place dans le livre publié à l'occasion de l'entreprise.

Lectures, conférences, concerts, visites, débats et en clôture, le 29 novembre, le musicien malien Toumani Diabaté: pendant tout le mois, le Louvre vit au rythme profond de Toni Morrison.

Renseignements et réservations: http://www.louvre.fr