L’histoire a retenu la «méchante». Tonya Harding plutôt que Nancy Kerrigan. Une badass aux manières rustres plutôt qu’une princesse rassembleuse. Alors qu’au niveau du palmarès, les deux patineuses américaines ont connu des fortunes diverses. La première a remporté une médaille d’argent aux mondiaux et deux titres nationaux, dont un lui a été ultérieurement retiré; la seconde, elle, est montée trois fois sur le podium des championnats américains, dont une sur la plus haute marche, a gagné deux médailles aux mondiaux (bronze et argent) et deux autres aux Jeux Olympiques, bronze à Albertville en 1992 et argent à Lillehammer en 1994.

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Mais c’est bien Tonya Harding qui, aujourd’hui, a droit à son biopic. Moi, Tonya, raconte le parcours chaotique – et par conséquent cinématographique – de son enfance aux conséquences dévastatrices de «l’incident» qui l’a fait quitter les pages sportives pour la rubrique faits divers. En 1994, au sortir d’un entraînement, Nancy Kerrigan est agressée par un homme qui lui fracasse les genoux. Un homme que l’on soupçonnera rapidement d’avoir été engagé par l’entourage proche d’Harding. Cette dernière deviendra alors le vilain petit canard du sport US, tandis que Kerrigan, quelques mois plus tard à Lillehammer, sera applaudie comme une miraculée.

Bienvenue au pays des rednecks

Les premiers plans du film donnent le ton. Craig Gillespie reconstitue des interviews d’Harding, son ex-mari, sa mère et son ancien garde du corps. Bienvenue au pays des rednecks. On dit parfois que la réalité dépasse la fiction; c’est le cas ici, avec des personnages dont des images d’archive valideront, en fin de film, une exubérance «cartoonesque», et parfois même une bêtise, qui dépassent l’entendement. A partir de là, le récit va se faire démonstratif, n’évitant parfois pas les facilités. On verra comment, dans l’Oregon des années 1970, la petite Tonya a été élevée sans amour par une mère castratrice estimant que pour devenir championne, il faut souffrir, avant qu’elle ne parvienne à s’émanciper à la suite de sa rencontre avec un jeune homme qui se transformera vite en mari violent.

Rédemption ou condamnation?

Harding a été la première Américaine à réussir un triple axel en compétition. Elle aurait pu régner sur sa discipline. Sa vie chaotique comme son caractère rebelle, alors que le patinage artistique est vu comme une affaire de petites filles modèles, en décideront autrement. Moi, Tonya se veut un biopic grinçant, malin. Les personnages s’adressent parfois directement au spectateur, pour appuyer ce sentiment que la réalité dépasse la fiction. Le montage est leste, rythmé, les dialogues percutants. Mais s’il s’avère convaincant, c’est avant tout par la manière dont il fait tour à tour de son (anti-)héroïne une figure tragique, une championne déchue, une victime, une manipulatrice.

Rédemption ou condamnation? Alors que le cinéma américain a tendance à bannir l’ambiguïté, on est ici face à une femme dont on ne sait finalement pas très bien si on doit la détester ou la plaindre.


Moi, Tonya (I, Tonya), de Craig Gillespie (Etats-Unis, 2017), avec Margot Robbie, Sebastian Stan, Allison Janney, Paul Walter Hauser, 2h01.