Est-ce son timbre habituel ou les effets des ondes radio? Nous sommes en 1953. Le locuteur parle de recherche nucléaire. «Sur ce plan, vous devez connaître mon avis. Donc, je vous le donne…» Qui se cache derrière tant de solennité? On appuie sur la touche général Guisan. «Correct», indique l’ordinateur. Non loin, c’est un petit portrait d’Elisabeth Kopp facilement associé à cette voix féminine contrainte d’annoncer, quasi sans trembler, sa démission du Conseil fédéral en 1989.

Ce jeu de «qui est qui» constitue l’une des étapes de l’exposition Tü ta too. L’oreille en voyage proposée au Musée national de Zurich et consacrée au patrimoine sonore de la Suisse. Imaginée par la Phonothèque nationale suisse de Lugano, qui fête son quart de siècle et dispose de plus de 5 millions d’enregistrements, l’exposition caresse les tympans pour remodeler la Suisse. Tü ta too: oui, c’est bien le refrain des cars postaux sur les routes escarpées des Alpes.

Mais que nous disent les sons et les voix d’un pays? Quelle émotion ou quel souvenir collectif ravivent-ils? Et, surtout, comment inscrire un patrimoine sonore dans un musée? Sans répondre avec des mots à ces questions, cette promenade d’un autre sens recompose au fil de ses étapes une carte d’identité originale. Proposée dans un espace plutôt étroit du Musée national, elle suggère une bulle d’air dans laquelle se déplacent des visiteurs munis d’un casque audio et dont les regards, pour une fois sans accroche prédéfinie, s’émeuvent au fil des témoignages sonores.

En guise de prologue, la maquette d’une Suisse géante aux 26 voix. Chaque canton est associé à des extraits très hétéroclites: certains clichés sont enfoncés, d’autres associations d’idées surprennent. De Zurich, on a retenu un débat parlementaire de 1946 sur le droit de vote des femmes; pour le Jura, on se laisse bercer par le patois régional, et, petit bijou, c’est l’écrivain Charles-Albert Cingria qui vante les charmes de Genève au gré de digressions sur le vocabulaire régional (lorsqu’il explique d’où vient le «cornet» des pêcheurs).

Patrick Juvet et les wagons

Si elle s’arrête plus longuement sur certaines références de l’histoire musicale suisse, tel le Festival de jazz de Willisau, recompose un juke-box avec les tubes des dernières décennies (on se souvient alors que «La Musica» de Patrick Juvet rythma 1972), Tü ta too se veut aussi un parcours d’associations que chacun compose à sa guise. De quoi se convaincre que la voix standardisée des CFF («A l’étage supérieur de ce wagon se trouve actuellement…») relève bel et bien du patrimoine sonore helvétique.

D’où qu’il soit, le visiteur du Musée national ne ressort pas forcément plus savant de ce kaléidoscope sonore – même s’il a pu goûter aux différences entre sons comprimés et non comprimés. Mais il garde à l’oreille la sensation d’une plongée inédite dans les émotions liées à un pays.

Tü ta too. L’oreille en voyage , Musée national de Zurich, jusqu’au 25 août 2013. www.nationalmuseum.ch