Le temps des séries TV

Foutraque viral

Le phénomène a été amplifié par les canaux du Web. Ces jours, dans le petit monde des amateurs de séries, et au-delà, il n’est question que de «Too Many Cooks». La petite vidéo qui ravage tout sur son passage, en particulier un morceau de santé mentale de ses spectateurs.

Cette parodie de 11 minutes commence comme un feuilleton des années 1980, passant en revue ses personnages avec moult sourires, dans le décor aussi cossu que passé d’une maison de banlieue. On évolue dans la fiction familiale, puis de voisinage, avec le gars d’à côté qui reluque la jolie fille aux seins nus. Des bizarreries apparaissent, telle cette peluche de chat orange qui jette des arcs-en-ciel. Puis cet interminable début de série, avec son infinie liste d’acteurs, dérape complètement. Un temps sous une forme de film de tueur en série, quelques secondes en mode New York District (Law & Order), puis dans le cadre de vaisseaux de science-fiction de l’époque classique… Sur l’une de ses présences YouTube, «Too Many Cooks» frôlait les deux millions de vues en milieu de semaine.

De nombreux commentateurs insistent sur le caractère frappé de ce montage supposément sous acide. Il s’insère pourtant dans un cadre précis: conçue par Chris Kelly, qui travaille lui-même dans le monde des séries, «Too Many Cooks» a été mise sur orbite par Adult Swim, une chaîne américaine du câble spécialisée dans les parodies. Elle diffuse Black Jesus, évoquée ici (LT du 23.08.2014). De plus, Adult Swim a placé cette pantalonnade dans une case, à quatre heures du matin en diffusion classique, qui vise les noctambules assoiffés de n’importe quoi: on y voit aussi une publicité pour des drones hélicoptères à flatulences, seul jouet susceptible de ne pas ennuyer les enfants («sinon, ils deviennent violents»). Cela pose le contexte.

En fait, ce qui rend «Too Many Cooks» aussi amusante, et si populaire, tient sans doute à sa cible: le générique. Au point que les noms incrustés des comédiens les suivent dans leurs mouvements, puis se substituent à eux. Ce montage foutraque vise un moment phare de la culture télévisuelle. Même un patrimoine mondial, cette époque où les acteurs faisaient des œillades aux téléspectateurs en ouverture de chaque épisode. Chris Kelly se marre en touchant le point sensible d’une imagerie populaire, et on sourit avec.