Kimbelle possède son propre sac de couchage. Alors que moi pas. Kimbelle est l’heureuse propriétaire d’une tente de camping. Alors que vous me voyez faire du camping?!?🗯 ??☢️!! Kimbelle règne sur une valise de jouets criards. Alors que petit déjà, j’avais la phobie des jeux.

Mais tout ça, c’est fini. Au début, je me suis perdu sur les sites ou dans les boutiques qui proposent des milliers de gadgets pour chiens. L’ingéniosité et l’ingénierie humaines que j’y ai rencontrées ne cessaient de m’émerveiller. Voici un florilège de mes découvertes de néo-propriétaire d’alors…

• les cache-culs, sortes de petits stickers destinés à cacher ces rosaces qu’on ne saurait voir quand Médor remue la queue

• les tapis de léchage – des surfaces en relief où disposer de la nourriture et dont les structures seraient assez jolies si on les suspendait dans une galerie d’art

• les écharpes de portage, lolettes, colliers d’ambre, boîtes à musique, berceaux, veilleuses avec berceuse et autres baby-phones

• les parfums, shampoings démêlants, sprays pour l’haleine, vernis à ongles, teintures capillaires ou blanchisseurs de canines…

• la laisse griffée – tiens me dis-je un jour, et si j’achetais une laisse Hermès, une seule, oui, mais une laisse sur laquelle le temps laisserait ses traces, une laisse qui se lirait telle le roman de notre affection commune, à Kimbelle et à moi?

• les laisses-parapluies, les bandanas rafraîchissants, les bières pour chiens, les écuelles à messages yogiques, les colliers arc-en-ciel militants, les bodys antistress dont l’effet légèrement compressif réduit l’angoisse de la séparation… Etc. Etc. Etc.

If you’re tired of style, you are tired of life.

Charles Carson, majordome dans la série «Downton Abbey»

Assez vite, j’ai renoncé à tout cela. J’ai réalisé que les accessoires pour chiens fonctionnent comme pour les humains. Ils sont des marqueurs de classe. Bourdieu le disait: «Le goût, c’est le dégoût des autres.» Autrement dit et en simplifiant beaucoup: si j’aime tel écrivain ou tel musicien, je me distingue de la foule dont les goûts sont plus triviaux que les miens, je signifie à mes congénères que je suis au-dessus d’eux.

A l’heure des réseaux sociaux, la phrase de Bourdieu est plus véridique que jamais. Et encore plus chez les propriétaires de chiens. Ainsi, les maîtres de molosses les affublent-ils de colliers virils (message: je ne suis pas un de ces maîtres-chochottes). Ainsi, les propriétaires désargentés rêvent-ils de promener leurs animaux au bout d’une laisse à logo. Ainsi, plus on monte dans l’échelle sociale, plus les gadgets canins voyants se font-ils rares – ou, du moins, sélectifs.

Désormais, le bobo que je suis méprise les tenues canines tape-à-l’œil et les gadgets griffés, préférant dépenser son budget en croquettes bios dotées d’une traçabilité irréprochable, en compléments alimentaires canins éco-responsables et en jeux éducatifs censés stimuler la créativité de son animal.

Quoique, sur ce tout dernier point, je mente un peu. J’ai arrêté d’acheter des jeux de stratégie pour Kimbelle. Ma chienne a beau avoir l’intelligence du cœur, elle n’a jamais dépassé le niveau 1 du jouet le plus simple destiné aux chiots de 3 mois. J’ai mis du temps à refouler l’idée qu’elle n’était pas une surdouée. J’ai compensé cette déception en achetant à Kimbelle – pardon, en m’achetant à moi-même une laisse. Je l’adore, ma laisse. Elle est suédoise, végane, bio, stylée, équitable. Bref pour Bourdieu, du meilleur goût.