Le toucher ciselé et cristallin de Mikhaïl Pletnev

S’il est un pianiste qui affiche une forte personnalité, c’est bien Mikhaïl Pletnev. Rien, dans son jeu, n’est vraiment prévisible, au point que ses partis pris tournent parfois au maniérisme. Mais vendredi soir, à l’Auditorium Stravinski de Montreux, tout a paru très lumineux dans le Concerto en ré majeur (Hob XVIII/11) de Haydn.

Accompagné par le chef allemand Hartmut Haenchen et l’Orchestre national de Russie (que dirige habituellement Pletnev lui-même), le pianiste russe jouait sur son propre instrument de concert Kawai. Il en tire de très belles sonorités, percussives et rMondes, ciselées et cristallines. Son articulation est prodigieuse, avec un soin porté à la variété des attaques (tel accent placé juste au bon moment) et au contrepoint. Il joue sur les pleins et les déliés, sur les contrastes entre sonorités timbrées et détimbrées.

Cet esthète aborde en orfèvre le «Poco adagio» du Concerto de Haydn, puis empoigne de manière enjouée le «Rondo» final, dont il souligne subtilement l’ascendance hongroise. En bis, il joue le Nocturne en ut dièse mineur opus posthume de Chopin, selon un phrasé qui tranche avec ce qu’on y entend habituellement. Il va jusqu’à octavier certaines notes dans le grave, tout en restant dans le cadre du style de cette époque.

On n’imaginait pas nécessairement l’Orchestre national de Russie dans les Symphonies Nos 40 et 41 de Mozart. On craignait même qu’il soit hors style, or Hartmut Haenchen a suffisamment de métier pour familiariser ces musiciens au style du XVIIIe siècle. Ce chef allemand a déjà démontré son oreille pour le classicisme dans Iphigénie en Tauride, de Gluck, qu’il dirigeait au Grand Théâtre de Genève au début de l’année.

Ses interprétations ne prétendent pas imiter les instruments d’époque. Elles privilégient un son généreux tout en creusant l’articulation. Hartmut Haenchen parvient à imprimer une ligne à la phrase mozartienne. Les bois ont de l’expressivité et les cordes revêtent un certain soyeux dans les épisodes lyriques. Parfois, le discours paraît trop appuyé («Menuet» de la 40e) ou un peu métrique (le finale de la 41e où les cordes atteignent leurs limites ). Mais le premier mouvement de la Symphonie «Jupiter» est plein de vitalité, tout comme le «Menuet». On aime ce classicisme noble et radieux, à mille lieues d’interpMrétations plus sèches.