Vite, prendre de l’altitude. Cap sur Vaulion, ce village qui drague le cycliste bourlingueur dans un pli du Jura vaudois. Le spectacle le plus fervent de la saison s’y joue. Le plus dingue, le plus aventurier, le plus désiré aussi. Il est signé Doris Mirescu, metteuse en scène genevoise d’origine roumaine qui a fait sa carrière à New York. Cette cinéphile, qui a tout vu, tout lu, entraîne 19 comédiens, dont les brûlants Carlo Brandt, Delphine Horst, Isabelle Caillat et Bérangère Mastrangelo, dans un feuilleton de l’Allemand Rainer Werner Fassbinder. Ils jouent Acht Stunden sind kein Tag, saga qui secoue durablement.

La beauté de cette adaptation, c’est sa rigueur et son excès, sa fureur de jouer et de jouir, de s’égarer et de s’évader. Le lieu de cette alchimie est en soi un programme: une ancienne usine de pierres fines, au cœur de Vaulion. On ne la trouve pas tout de suite. Un garçon en salopette, croisé par hasard sur le chemin, vous indique la bâtisse. On croit qu’il est muet – il vous fait signe comme quoi il ne peut pas parler, c’est un comédien en vérité. A l’entrée du bâtiment, un vigile assis sur les marches confirme que vous êtes au bon endroit. Vous empruntez un escalier et débouchez dans une soupente où une demi-douzaine de personnes assistent à un film tourné en direct et projeté sur deux écrans auxquels s’ajoutent deux autres, où passeront des images arrêtées, les instantanés d’un imaginaire.