Qu'est-ce que le Pop Art? Pop, un visage de Marilyn Monroe aux paupières bleues, aux cheveux jaunes et aux lèvres outrageusement rouges (Andy Warhol). Pop, Mickey et Donald à la pêche, agrandis démesurément (Roy Lichtenstein). Une machine infernale qui s'autodétruit un 17 mars 1960 à New York (Jean Tinguely). Et un drapeau américain, soigneusement peint à l'encaustique sur une toile d'un mètre sur un mètre cinquante (Jasper Johns). Une Cadillac Eldorado Biarritz 1957 décapotable gris acier, fauteuils cuir, c'est pop, surtout si une créature de rêve s'appuie sur le capot. Pop, les lettres géantes des publicités au bord des routes. Les stations-service et leurs enseignes lumineuses. Les affiches de cinéma, les bikinis, les piscines bleues.

Le Centre Pompidou expose Les Années Pop, 500 œuvres, 200 pour les arts plastiques, plus de 250 pour l'architecture et le design, et 60 qui se rapportent au cinéma (photographies, films et extraits de films). Douze ans de Pop Art, de 1956 à 1968, pour le portrait d'une époque, de ses outrances (légères), de ses rêveries (optimistes) et de sa consommation (effrénée).

Au peintre Georges Mathieu qui l'interpellait lors d'une performance publique où il demandait à des femmes nues de peindre en bleu une partie de leur corps et de l'appliquer sur une toile (les Anthropométries, 1960), Yves Klein, qui était par ailleurs judoka, répliquait: «L'art, c'est la santé.» S'il fallait trouver un point commun aux œuvres et aux objets exposés au Centre Pompidou, et à tout ce qui se réclame du Pop Art, l'expression «c'est la santé» est sans doute la plus appropriée.

Bien sûr, il est possible de donner une définition plus savante du Pop, à commencer par celle qui est contenue dans le mot lui-même: le Pop Art, c'est la récupération par les artistes des formes et des objets populaires, plus précisément des objets de consommation courante et de l'art de masse (la publicité, la bande dessinée, le cinéma…).

«Tout le monde a dit que le Pop Art était la peinture américaine», disait Roy Lichtenstein dans un entretien en 1963, «mais c'est en fait de la peinture industrielle. L'Amérique a été touchée de plein fouet par l'industrialisation, et le capitalisme et ses valeurs semblent ne pas tourner tout à fait rond… Je pense que le sens de mon travail réside dans le fait qu'il est industriel, comme le monde entier le sera bientôt.» En 63, le Pop est déjà en Europe, mais sous un autre nom, le Nouveau Réalisme. Arman casse des pianos. César compresse des voitures. Martial Raysse inclut des tubes au néon dans ses peintures. Wolf Vostell intègre des télévisions dans ses œuvres. Daniel Spoerri fixe sur des panneaux de bois des restes de petits-déjeuners. Le Pop, c'est aussi le premier signe de la mondialisation.

Enfermer des œuvres, une période de douze ans, et des artistes d'au moins deux continents sous une seule appellation est toujours arbitraire. Le Pop, des deux côtés de l'Atlantique, se caractérise pourtant par un comportement commun: ses artistes adoptent l'irrévérence des dadaïstes à l'égard de l'histoire de l'art, mais ils sont aussi irrévérencieux à l'égard de leur condition d'artistes. Héritiers de Duchamp, de Tzara ou de Schwitters, sans doute.

Mais les pop-artistes rompent aussi avec le bon goût que les dadaïstes n'ont cessé de pratiquer, avec leur style poétique, avec leur habileté de composition. Les œuvres Pop ne sont ni plus belles ni plus laides que les objets industriels qu'elles utilisent, imitent ou parodient. Le dadaïsme était une insulte au bon goût. Le Pop Art n'a plus aucun rapport avec le goût artistique. Il est dans la mode, dans l'air du temps. Il n'insulte plus personne. Il est sans arrière-pensée («Pas d'idées, mais des faits», disait Rauschenberg).

Auprès de ses adversaires qui voient en lui une perversion de l'art, le Pop a la réputation d'être inconsistant et de collaborer bêtement à l'avènement de la société de masse et de consommation. Andy Warhol pourrait leur donner raison: «Tout le monde ressemble à tout le monde, dit-il, et tout le monde fait la même chose, et c'est parti pour être de plus en plus comme ça. Je pense que tout le monde devrait être une machine. Je pense que tout le monde devrait aimer tout le monde.» A la question «Est-ce le propos du Pop Art?» il répond: «Oui. C'est d'aimer les choses.»

La période pop se caractérise par cette immersion dans la réalité telle qu'elle est, dans la jouissance de cette réalité. Mais elle contient potentiellement une révolte à cause de ce désir de jouissance. L'exposition Les Années Pop s'achève en 1968, au moment où la société de consommation est brutalement secouée par le désir qu'elle a fait naître et qu'elle ne peut satisfaire.

Les Années Pop. Centre Georges-Pompidou, Paris.

Ts. les jours sauf ma 11-21 h

(je 11-23 h). Jusqu'au 18 juin.