Double retour en scène ce week-end à Genève. Vanessa Paradis vendredi à l'Arena et Stephan Eicher samedi au Victoria Hall ont offert deux plaisantes prestations. Où ce sont les musiques qui ont surtout eu la part belle. Dans le sillage de leurs derniers albums respectifs, tous deux reconduisent en partie l'équipe qui y a officié. Avec des complices de marque: Matthieu Chedid, alias M, et Albin de la Simone pour Paradis; Martin Wenk de Calexico pour Eicher.

Madame Depp affiche ses traits d'éternelle femme-enfant sans renier ses chansons de jeunesse. Bustier pailleté-argenté sur jean noir, déhanché identique aux années «Joe le taxi», voix de lolita aux jolies brisures, Paradis montre du plaisir au milieu de ses cinq musiciens. Eux insufflent au tout des tonalités rock en mémoire de Fred Chichin des Rita Mitsouko. Avec des inflexions blues, boogie, reggae, world-pop, jazz, soul, en trouvant un habile équilibre entre climats fiévreux et intimistes sous de tranchants jeux de lumières et de dorures en décor.

Chedid est à la manœuvre côté guitares, costume et chapeau noir de mafieux de music-hall. Il ouvre seul le bal avec Vanessa sur «Irrésistiblement». Puis de classer et caser au plus vite le tube mélodique «Divine idylle» en compagnie du reste de la troupe. Jusqu'à l'épilogue a cappella et de circonstance choisi par Paradis («Chacun pour soi est reparti/Dans l'tourbillon de la vie»), les vieilles scies sont judicieusement dépoussiérées («Joe le taxi», «Tandem» ou «Be My Baby») et les titres récents trouvent des dynamiques pop inédites («L'incendie», «Chet Baker», «Dès que j'te vois»).

Relustrage musical réussi aussi pour Stephan Eicher dans un registre encore plus fin et classieux. Les humeurs sont noctambules, jazz, folk-rock, pop ou limite rock industriel comme pour les formidables «Combien de temps» et «Déjeuner en paix» revisités à deux batteries furibardes. Après une entame dépouillée où culmine notamment «Two People in a Room» qui s'envisage dans la nudité folk, avec un Eicher samplant son jeu sur son acoustique guitare, la suite revêt une étourdissante richesse instrumentale.

S'y épanouissent piano, trompette, mandoline, banjo, vibraphone et percussions diverses. Entre plénitudes mélancoliques («Eldorado», «Manteau de gloire», «I Cry At Commercials», «Weiss Nid Was Es Isch») et frénétiques embardées (le mariachi «Rendez-vous», «Confettis», «Pas d'ami comme toi»), Eicher obtient un élégant sans-faute.