«Je peins, j'écris, je fais des photos»: ainsi Jacques Henri Lartigue résumait-il sa longue vie jubilatoire. De ces activités, seule la dernière lui apporta la gloire. Lui pourtant se considérait comme un peintre. En 1900, à l'âge de 6 ans, il entreprend son journal qu'il accompagne de photographies dès 1902. Il fixe les images de sport, de vitesse, de cinéma, de machines volantes. Son génie à saisir le mouvement se retrouve dans les croquis enlevés que Patrick Roegiers analyse finement dans un essai également élégant et rapide. Reste que les pages les plus intéressantes sont consacrées au peintre Lartigue. Non que ses toiles aient marqué l'histoire de l'art: malgré son sens des couleurs, il «s'empêtrait dans la pâte». Mais la lecture que Roegiers fait d'une photographie (reproduite dans l'ouvrage), qui montre l'artiste en train de se peindre en se regardant dans un miroir, est fascinante. Ce triple autoportrait – vécu, pictural, optique – laisse percer «l'effroi, le désarroi, le désaveu même» de celui qui organise cette mise en scène de l'incarnation idéalisée de l'artiste qu'il voudrait être.