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A la recherche d’une expérience musicale et humaine, de plus en plus de jeunes de moins de trente ans souhaitent s’engager dans les coulisses du festival.
© Laurine Mottet

Musique

Ceux qui font tourner la machine Paléo

Dans l’ombre des artistes en gloire, ils sont 4800 qui servent des verres, lavent les assiettes et les toilettes sans compter leur peine. Sans ces bénévoles, le festival nyonnais ne pourrait exister. Rencontre avec quelques artisans du succès

Mardi matin, 11h. Pas de foule en délire ni de guitares en folie: quelques heures avant le coup d’envoi de cette 41e édition, le terrain de la plaine de l’Asse, un peu jauni par les grandes chaleurs des derniers jours, paraît encore endormi. Le calme avant la marée humaine.

Mais l’illusion est de courte durée. On entend d’abord le ronflement d’une perceuse et, au loin, un aspirateur. Cachées derrière les toiles de tente colorées, les petites mains de Paléo sont déjà au travail. Badges fuchsia au cou et lunettes sur le nez, des dizaines de bénévoles câblent les scènes, montent les tables et accrochent les derniers panneaux. De temps à autre, ils se saluent d’un signe de la main.

Un air de vacances

Tout sourire, Bénédicte, cheffe de la plonge, est déjà sur le pont. Pendant les semaines de montage, de démontage et durant toute la durée du festival, elle et son équipe s’activent à savonner les milliers d’assiettes et de couverts de La Ferme, le restaurant réservé aux bénévoles. C’est la sixième année que cette étudiante en graphisme de 29 ans travaille dans les cuisines du Paléo. Avec un bonheur non dissimulé. «C’est une tâche un peu ingrate, mais je ne l’échangerais pour aucune autre, affirme-t-elle. Je dis toujours que nous sommes un maillon indispensable de la chaîne, car si les repas se passent mal, tout va mal!»

Bénédicte apprécie particulièrement l’atmosphère conviviale et le respect mutuel qui règnent entre les collaborateurs du festival: «Tout le monde ramène ses plateaux, a un mot gentil pour l’équipe de plonge. Rien à voir avec les festivaliers qui ont la fâcheuse tendance à laisser leurs assiettes traîner partout!»

Marina et Manu, la trentaine et la bière en main, font la queue pour le self. Cela fait respectivement quatre et dix éditions qu’ils travaillent à Paléo, au secteur de la sécurité. Ce qui les amène? «La nourriture!», plaisante le premier. «Ici, on est totalement déconnectés. On n’habite pas loin mais c’est comme si on était en vacances», ajoute Marina, dessinatrice en bâtiment. Celle-ci met d’ailleurs un point d’honneur à prendre ses congés pendant la période du Paléo, devenu son rendez-vous incontournable de l’été.

Bénévole à tout prix

Et elle n’est pas la seule. Pour cette édition 2016, ce sont 4800 bénévoles au total, en particulier des moins de 30 ans, qui s’affaireront sur la plaine de l’Asse. «Les effectifs ont doublé au cours des vingt dernières années, pour accompagner l’agrandissement du terrain et l’augmentation du nombre de festivaliers», précise Véronique Wettstein, responsable des bénévoles. L’équivalent de la population d’une petite commune donc, que le festival parvient pourtant à recruter sans peine. «Même le secteur nettoyage, qui a besoin de près de 200 personnes pour laver les toilettes ou la route à 6h du matin, n’a aucune peine à embaucher». Les candidats sont même de plus en plus nombreux, à tel point que les organisateurs sont obligés d’en refuser à tour de bras.

Et une fois le précieux sésame obtenu, les bénévoles font durer le plaisir: ce sont moins de 20% des effectifs qui se renouvellent d’une année à l’autre, contre une grande majorité d’habitués, fidèles au poste. «Il y a un réel attachement à cette manifestation, avec un solide ancrage régional au niveau lémanique, explique Véronique Wettstein. Les bénévoles nouent également des liens d’amitié très forts, une vraie solidarité se crée entre eux».

Sans oublier les avantages plus terre à terre: contre 6 à 8 heures de travail par jour, les bénévoles reçoivent, en plus d’un accès illimité au festival, une avalanche de bons pour se sustenter, des invitations pour quelques amis sans oublier le fameux t-shirt du staff. Mais surtout, la promesse de vivre la manifestation de l’intérieur, d’arpenter les coulisses au plus près de la musique.

Notes et mojitos

La passion du son, c’est aussi ce qui a motivé Samia, étudiante lausannoise de 25 ans, à travailler à la Parenthèse, l’un des nombreux bars de Paléo. «J’aime un peu de tout, mais surtout la techno berlinoise», précise-t-elle. Depuis son comptoir, elle écoute les concerts qui se déroulent sur la scène des Arches, à quelques mètres de là. «Je n’en perds pas une miette! s’exclame-t-elle. Et ça me permet de découvrir des tas de nouveaux groupes». Au début de la semaine déjà, elle a pour habitude de scruter le programme afin de repérer les artistes à ne pas manquer, et négocie ses horaires en conséquence. Samedi soir, par exemple, elle compte bien être au premier rang pour voir le DJ français Fakear mixer sa douce electro-chill.

Samia n’en est pas à sa première expérience de bénévolat festivalier. Chaque année, elle enchaîne les deux semaines du Montreux Jazz avec le marathon Paléo. «Ce sont des ambiances totalement différentes, entre le plein air de Nyon et l’acoustique incroyable du Montreux, où le public est un peu plus posé. Mais j’aime les deux». Et ce n’est pas tout: la jeune mélomane est également une habituée du Cully Jazz ou encore du festival Electrosanne.

«Lorsque je parle de mon expérience de bénévole, souvent mes amis ne comprennent pas. Il faut l’avoir vécu…» Samia partage donc son enthousiasme avec ses collègues bénévoles jusqu’au bout de la nuit, dans les espaces réservés aux collaborateurs.

Comment fait-elle pour tenir le rythme? «oh, la caféine est un bon allié!», rit l’étudiante, qui n’a pas l’air fatigué pour un sou. Ce soir, elle servira des mojitos jusqu’à 2h du matin. Et demain, on recommence.

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