Trop dérangeant Toussaint-Louverture ? Trop indépendantiste assurément. Quand le général haïtien, gouverneur de Saint-Domingue, colonie française, promulgue une Constitution autonomiste en 1801, Bonaparte envoie le général Leclec le renverser. Toussaint Louverture et ses hommes résisteront pied à pied. Toussaint est malgré tout fait prisonnier et déporter en France. C’est au fort de Joux dans le Jura qu’il est emprisonné, sans procès. Séparé de sa femme et de ses enfants, malade, souffrant du froid, tenu à l’isolement, Toussaint-Louverture parvient néanmoins à rédiger ses Mémoires. C’est ce texte qui reparaît aujourd’hui au Mercure de France dans la collection Le Temps retrouvé. Ce qu’écrit Toussaint-Louverture est en fait son acte de défense et d’accusation contre le général Leclerc, point par point, et le récit des combats qui viennent ou presque de se dérouler à quelques milliers de kilomètres de là. Toussaint entend laisser sa vérité. Le texte est suivi par le journal du général Caffarelli, chargé par Napoléon de surveiller le prisonnier. Toussaint-Louverture meurt d’une pneumonie le 7 avril 1803, après neuf mois d’emprisonnement.

Après la mort de Toussaint-Louverture, son texte est déposé aux archives nationales et totalement oublié. Il faut attendre une cinquantaine d’années pour qu’un historien haïtien, Joseph Saint-Remy, les re-découvre et les transcrive, l’original étant passablement abîmé. Ce sont sa transcription et ses nombreuses notes qui sont rééditées aujourd’hui. Lors de la première édition en 1853, Joseph Saint-Remy avait reproduit en ouverture une lettre adressée à Harriet Beecher Stowe, l’auteure de La Case l’Oncle Tom : « Permettez-moi de mettre sous la protection de votre illustre renom les Mémoires qu’écrivit le Premier des Noirs sur l’histoire de sa vie .»

Avant d’aller écouter le poète et romancier haïtien Lyonnel Trouillot qui sera en Suisse romande (Neuchâtel, Lausanne, Montricher) dès le 16 mars (Semaine de la langue française et de la francophonie et Printemps de la poésie), il est intéressant de lire celui que les Haïtiens considèrent comme le père de leur indépendance.

Général Toussaint-Louverture, Mémoires, Mercure de France, Le Temps retrouvé, 188 p.