Toute une histoire, en un seul volume

Bel objet que cette imposante Histoire de la littérature en Suisse romand e. Presque carré, maniable malgré les 1726 pages, le volume arbore un bleu Nattier frais et doux au toucher. Une invitation en somme à se plonger dans sept siècles de production littéraire en Suisse romande, des ballades du trouvère Othon de Grandson (vers 1340-1397) aux performances scéniques et numériques de 2014. Ouvrage de référence pour tout étudiant et tout amateur de littérature francophone, pour tout curieux de ce territoire, riche, complexe, appelé Suisse romande.

Des quatre tomes de la première édition parue entre 1996 et 1999, les trois premiers ont été largement repris avec une actualisation des bibliographies et de certains chapitres comme ceux consacrés au poète Philippe Jaccottet ou à Jacques Chessex. Le quatrième tome en revanche, consacré à l’époque contemporaine, a été entièrement refondu.

Pour la plupart des quinze parties qui structurent l’ouvrage (Au temps des réformateurs, De Calvin à Rousseau, Au temps de Töpfer et de Vinet, etc.), Roger Francillon signe une présentation historique de la Suisse romande aux différentes époques visées, véritable mine d’informations. A cela s’ajoutent des plongées dans la vie littéraire et intellectuelle au cours des siècles et, à partir de 1968, d’un panorama des insti­tutions de la vie littéraire en Suisse romande (par Daniel Maggetti et Jérôme Meizoz, Françoise Fornerod).

Approches transversales

Les monographies d’auteurs avaient la part belle dans la première édition. On retrouve avec bonheur les chapitres consacrés à Jean-Jacques Rousseau (par Pierre-Paul Clément, Michel Delon et Jean Starobinski), à Madame de Staël (par Simone Balayé), à Charles Ferdinand Ramuz (par Roger Francillon), à Blaise Cendrars (par Anne Marie Jaton), à Gustave Roud (par Claire Jaquier), à Anne Perrier (par Doris Jakubec), pour ne citer que ces quelques auteurs… Joël Aguet suit le théâtre du XVIIIe siècle à 2014 et Marion Graf, les poètes, de 1900 à aujour­d’hui.

«Pour éviter de passer à côté du génie incompris» ou «de donner un poids démesuré à un écrivain qui sera totalement oublié dans dix ou cent ans», comme l’écrit Roger Francillon dans son introduction, les approches thématiques, transversales, ont été préférées aux parcours d’auteurs pour toute la partie contemporaine, de 1968 à aujourd’hui, soit les 400 pages inédites de cette édition.

Une quinzaine de contributeurs se sont réparti ces nouveaux chapitres. Les chercheurs universitaires ont été rejoints par des professionnels du terrain littéraire (journalistes, traducteurs, éditeurs, responsable d’institution). Isabelle Rüf du Temps s’est attelée au «roman de société» et Anne Pitteloud du Courrier à l’autobiographie et à l’autofiction; l’éditeur Giuseppe Merrone s’attelle au polar et Marc Atallah, directeur de la Maison d’Ailleurs, à la science-fiction. La littérature de jeunesse, la chanson, la performance scénique ont aussi leur place dans ce «portrait de groupe», cette photographie de la scène littéraire romande aujour­d’hui.

Histoire de la littérature en Suisse romande, Zoé, sous la direction de Roger Francillon, 1726 p.