Le Poche de la semaine

Toutes les couleurs d’Orhan Pamuk

«J’ai toujours pensé qu’il y avait en moi un graphomane intraitable, une créature dévorée par un insatiable besoin de traduire l’existence en mots», prévient le Prix Nobel 2006 en ouverture de ce livre

Genre: ESSAI
Qui ? Orhan Pamuk
Titre: D’Autres Couleurs
Chez qui ? Trad. du turc par Valérie Gay-Aksoy

Chez qui ? Folio, 690 p.

Jamais Orhan Pamuk n’aura été aussi proche de ses lecteurs que dans ce livre-là, qui est à la fois un bouquet de confessions et un mode d’emploi de lui-même. «J’ai toujours pensé qu’il y avait en moi un graphomane intraitable, une créature dévorée par un insatiable besoin de traduire l’existence en mots», prévient le Nobel 2006 au seuil D’Autres Couleurs, une promenade dans des jardins secrets où se croisent souvenirs de famille, anecdotes intimes, hommages littéraires à ses maîtres et confidences sur les jouvences de l’art d’écrire, lorsqu’il devient un art de vivre. D’abord, il y a le quotidien, qui est pour Pamuk une formidable invitation à fabuler: une balade avec sa fille Rüya dans les rues d’Istanbul, la silhouette d’un bateau sur le Bosphore, une mouette qui meurt sur le rivage, une séance chez le barbier, cela suffit pour que la machine romanesque se mette en route, transformant les instants les plus banals en épiphanies radieuses, «ces curieux moments où la vérité affleure et semble soudain s’illuminer».

Quant au musée imaginaire de Pamuk, c’est une citadelle de papier où se côtoient Les Mille et Une Nuits et Tristram Shandy, Hugo et Dostoïevski, Nabokov et Camus, Thomas Bernhard et Salman Rushdie, auxquels l’auteur du Musée de l’innocence consacre près d’un quart de ses réflexions avant de lancer quelques fusées de détresse en direction de l’Europe et de commenter ses propres romans – des livres, dit-il, qui «sont ma vie». Ce recueil se referme sur un quai de gare – celui de la célébrité – avec La Valise de mon papa, titre du discours que Pamuk prononça devant les jurés du Nobel, en 2006. Pas de meilleur autoportrait que ce florilège écrit à cœur ouvert, et aussi chatoyant que les eaux du Bosphore.

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