Vite, il s’agit de ne pas être en retard. A 11h30 en ce 21 septembre, la Ville de Lausanne va poser une plaque commémorative en l’honneur de Françoise Giroud au 53, avenue de Rumine. Il y a cent ans exactement, celle qui s’appelait encore France Léa Gurdji et qui deviendra une figure du journalisme, du féminisme et de la politique française, est née dans cet immeuble.

En remontant la rue patricienne jusqu’au point de rendez-vous, on laisse venir les souvenirs. Pour la génération née dans les années 1965-1975, Françoise Giroud était cette dame élégante, col roulé et rang de perles, qui en imposait sur les plateaux télévisés. Dans ses yeux, dans son sourire, s’exprimait d’abord une autorité. Elle imposait l’écoute. En ce début d’automne 2016, il nous semble encore entendre le silence qui précédait sa prise de parole. Petite fille, on n’y prenait pas vraiment garde. Les années passant, on comprend que ce silence était le fruit d’un combat, né dans les années 1950, à une époque où les femmes ne pouvaient exercer de profession ou ouvrir un compte en banque sans l’autorisation de leur mari.

Avenue de Rumine, un attroupement d’une trentaine de personnes se tient devant le numéro 53. Quand le feu passe au vert, la circulation fait un vacarme tonitruant. Le syndic de Lausanne, Grégoire Junod, ne se laisse pas démonter et place avec conviction la lutte féministe de Françoise Giroud au centre de son éloge: «Fierté… saluer une grande personnalité… a eu un impact majeur sur l’opinion publique en France et en Suisse… a lancé 100 mesures pour changer le statut des femmes». La romancière Janine Massard poursuit en rappelant que la secrétaire d’Etat à la Condition féminine puis en charge de la culture, n’avait pas eu le bac et déclarait être une «agrégée de la vie».

Françoise Giroud n’a jamais su qu’elle était née à Lausanne. Ses papiers de naturalisation française (elle était née ottomane) mentionnaient Genève comme lieu de naissance. Ce n’est qu’après sa mort, en 2003, que les services des deux villes romandes ont constaté l’erreur et rétabli les faits. Le feu est au rouge, un silence se fait. On se dit que la dame élégante qui ne s’en laissait pas compter sur les plateaux télévisés a eu le temps de voir le sort des femmes changer. Même si beaucoup reste à faire. Les voitures reprennent leur course et la vie de même.