Après Le Pouvoir des fleurs, roman d'aventures échevelé qui se déroulait entre la France de mai 1968 et le Cuba des années 80 (il vient d'être réédité en Folio), Jean-Marie Laclavetine renoue avec la nouvelle. Un genre illustré par un premier recueil, Le Rouge et le blanc, tout entier dédié à la célébration du vin: on se souvient notamment de «Mouches noyées», petite merveille de violence feutrée qui alliait les plaisirs de la pêche à ceux de la dégustation de crus du Sud-Ouest. Ici, la gageure est tenue en dix variations autour de l'univers ferroviaire et du train, métaphore de nos vies qui courent sur des rails qu'elles quittent parfois: ainsi dans cet ironique et assez noir «Bonheur d'aiguillage», où l'on fait connaissance avec un jeune

garde-barrière novice en matière de crime, mais qui apprend vite. Pas facile en revanche pour Amandine, dans «Arrêt du train en pleine voie», de persuader un contrôleur vieillissant de jeter son Chaix aux orties! Quand les protagonistes sont soudés par des liens familiaux, le huis clos n'en est que plus pénible: on remâche ses griefs, on tait ses secrets en «athlètes du silence», jusqu'au dénouement souvent dramatique.