Ancien mineur dans le désert d'Atacama au Chili, Hernan Rivera Letelier a connu un succès tardif, avec des romans sympathiques: La Reine Isabel chantait des chansons d'amour, Le Soulier rouge de Rosita Quintana. Son dernier ouvrage, Les Trains vont au purgatoire (Los Trenes se van al purgatorio), est de la même veine, celle du très exploité réalisme magique. Un convoi à vapeur bondé monte lentement vers l'enfer: quatre jours à l'intérieur d'un microcosme puant où se côtoient un accordéoniste sur la trace de ses anciennes amours, une pulpeuse diseuse de bonne aventure, une petite fille habituée à être violée, des amoureux, bref, toute une faune pittoresque qui va manger, boire, copuler, déféquer, mourir aussi. Le long des voies, ce ne sont que villes fantômes, mines désaffectées, lambeaux d'histoires qui flottent encore dans l'air desséché et que le narrateur recueille pour ne pas mourir de nostalgie. Ce récit d'un trajet linéaire réussit même à se terminer en boucle d'éternel retour.