Armé d’un casque jaune et d’une veste orange fluo, Bastian promène sa silhouette de beau garçon longiligne au milieu de l’énorme chantier. A quelques pas des rives du Rhône, il plante ses grandes chaussures dans la poussière, observe les ouvriers transporter des pierres et écoute les indications de ses collègues avec, en bruit de fond, le ronflement furieux des machines.

C’est là, sur l’ancien site d’Artamis, en plein centre de Genève, qu’il termine son stage d’été avant d’entamer sa nouvelle rentrée scolaire. Au sein de l’entreprise de construction Marti SA, spécialisée dans l’assainissement, ce Lucernois de 24 ans s’initie aux techniques complexes de la décontamination. «Il faut nettoyer les éléments du sol, pollués par près de deux siècles d’activités industrielles, notamment la production de gaz de ville», vulgarise-t-il dans un bon anglais, en pointant du doigt l’installation innovante qui purifie les roches et les rejette ensuite par grosses poignées sur le sol.

Pour Bastian, l’environnement est plus une science qu’une posture. D’ailleurs, le jeune homme n’a rien d’un écologiste militant. Loin des clichés du baba, il porte un polo très chic et une mèche propre. Il mange de la viande. Il possède un iPhone, se décrit comme «très urbain». Tout en votant «du côté gauche», Bastian se targue de pragmatisme plus que de réelle idéologie. Une question de génération?

Il raconte: «Avec mon diplôme, je pourrais travailler aussi bien au WWF que chez BP. Quand je dis cela, les gens sont choqués… Mais après tout, qui sait ce que je ferai dans dix ans? Et pourquoi ne pas intégrer les équipes de la multinationale anglaise? Dans les sciences de l’environnement, notre rôle est aussi d’améliorer la situation auprès des grandes entreprises!»

Après une maturité obtenue à Lucerne en 2006, Bastian s’est installé à Bâle pour effectuer, à l’université, un bachelor en Science des géosciences, avec une spécialisation en environnement. C’est au cœur de la ville, dans une joyeuse colocation, qu’il s’est initié à la formation des sols, à la chimie, à la géologie… «J’aime comprendre ce qui relie tous les éléments d’un système. Il faut voir l’environnement comme un tout et pas comme un agrégat de choses.»

D’ici à la fin de septembre, cet optimiste intégrera un nouveau master également intitulé «Science des Géosciences». «Faire partie de la toute première promotion comporte un risque parce qu’il n’y a encore aucun réseau d’anciens, relève-t-il. Mais le sujet m’intéresse et la thématique environnementale monte en puissance. Le secteur économique est à la recherche de main-d’œuvre qualifiée.»

Lors de son stage chez Marti, dont le siège est à Berne, Bastian a pu travailler sur plusieurs chantiers d’assainissement, tous différents – «quelle chance!» Enfant, il aimait escalader les roches et grimper les cols de montagne à vélo. L’adulte remuant qu’il est devenu ne supporte pas de rester derrière un bureau et adore «travailler dehors, se remuer, fouler le sol». Avant d’entamer l’université, cet hyperactif a effectué son service militaire à Moudon. Puis s’est fait embaucher comme plâtrier dans un chantier à Lucerne, pour bien se salir les mains. Avec l’argent gagné, il s’offre un voyage en Inde.

Les pieds sur terre, Bastian est pourtant loin du métier de son père, éclairagiste au théâtre, qui préfère l’univers cultivé des planches aux terrains de jeux bruyants de son fils. Malgré cela, l’entente est bonne. Passionné par la ­planète et la science-fiction, ­Bastian cite le génial Terry Pratchett comme l’un de ses écrivains préférés.

Et s’il est aventurier, le jeune homme ne compte cependant pas vivre à l’étranger. «J’irai peut-être ailleurs pour mon travail de diplôme, pense-t-il à voix haute. Mais je me sens heureux en Suisse.»

Demain: Le portrait de Cindy, qui se rêve en organisatrice de mariages.