L'être humain ne serait-il qu'un élément en suspension dans l'univers? Ce n'est pas impossible. C'est en tout cas une sensation que les peintures de Michel Huelin font éprouver. Par les effets optiques qu'elles déploient; en particulier, dans la profondeur. Par les confusions de grandeurs qu'elles occasionnent. Le spectateur, tantôt, a l'impression de naviguer entre le microscopique et le macroscopique; tantôt, se retrouve devant des proportions connues. Mais, dans ce cas, même les objets identifiables se dérobent. Tels ces sièges, canapé ou coussin, dont on ne sait s'ils se sont formés par dilatation du motif de fond (linéaire ou pied-de-poule), ou au contraire l'ont inspiré mais s'y liquéfient. Cette incertitude a quelque chose à voir avec l'accommodation que l'œil doit effectuer en permanence, selon que le regard porte sur le proche ou le lointain. Ce processus de mise au point est d'ailleurs suggéré par une vidéo montrant une forme ronde animée d'un va-et-vient alternant expansion et contraction.

Regard manipulé et manipulations scientifiques

Tous les moyens utilisés par Michel Huelin provoquent du reste cet état indéfini. Ses peintures translucides – car faites d'une résine brillante – happent la silhouette du spectateur, par l'effet miroir de leur surface. Et les plaques posées au sol – de la même facture – installent le visiteur entre deux eaux. C'est en effet dans un monde fluide, mouvant que ce spectateur est appelé à circuler. Un monde à l'image de celui que les techniques sont en train de lui fabriquer, entre réel et virtuel. Le travail de Huelin pousse à s'interroger sur cette fusion. Lui-même recourt à l'ordinateur pour engendrer les formes qu'il propose. Certes, il les retravaille au pinceau. Mais, outre les images de fauteuil ou de coussin qu'il manipule pour la plus grande confusion de notre regard, les apparences de graines, cellules et gènes qu'il ajoute à sa panoplie font allusion à d'autres manipulations et à d'autres confusions. Comment ne pas considérer telle image «Génétique» (peinture récente, 2001) – dans laquelle se profile l'ombre de celui qui regarde – comme la possibilité de toutes les superpositions, de tous les clonages imaginables. Une tentation que la science a de la peine à réfréner. Car il est tellement plus facile de composer avec le virtuel que de maîtriser le réel.

Michel Huelin. Galerie Blancpain Stepczynski Bouvier

(rue Saint-Léger 3, tél. 022 328 38 02).

Ma-ve 14 h 30-18 h 30, sa 14-17 h.

Jusqu'au 24 mars.