Patrimoine

Les travaux de Saint-Maurice

En 2015, l’abbaye valaisanne célébrera ses 1500 ans. Pour mieux faire apprécier ses richesses au public, elle s’est lancée dans plusieurs chantiers

Monseigneur Roduit est un homme d’Eglise occupé. Il faut dire qu’un événement de taille occupe une bonne part de ses journées: en 2015, l’abbaye de Saint-Maurice, aux destinées de laquelle il préside, célébrera ses 1500 ans. Un jubilé plutôt rare dans l’histoire de la chrétienté: l’abbaye, tout au long de ces siècles qui ont vu défiler les hommes et les événements depuis le plus haut Moyen Age, n’a jamais fermé ses portes ni mis entre parenthèses sa vocation religieuse.

1500 ans d’occupation continue qui plongent leurs racines dans le martyre de saint Maurice (fin du IIIe siècle) et de ses compagnons égyptiens de la légion de Thèbes. Appelés par l’empereur Maximien à traverser la Méditerranée pour soutenir ses troupes affrontées aux barbares et stationnées à Agaune (future Saint-Maurice), les légionnaires débarquèrent sur la côte de Ligurie, puis traversèrent les Alpes pour rejoindre le Valais. Mais une mauvaise surprise les attendait sur place: Maurice et ses compagnons, chrétiens, découvrirent que leur mission consistait à se battre contre leurs frères en religion. Ils refusèrent le combat, provoquant l’ire des Romains païens: les Egyptiens furent décapités à l’endroit où se trouve la chapelle de Vérolliez, à deux kilomètres au sud d’Agaune. Un siècle plus tard, en 381, Théodore, premier évêque du Valais, fit transférer les restes de Maurice et de ses compagnons sur le lieu de la future abbaye. Celle-ci fut effectivement fondée en septembre 515 par le roi burgonde Sigismond, et devint très vite un lieu de pèlerinage.

L’abbaye de Saint-Maurice – enfonçons une porte ouverte – constitue l’un des hauts lieux du patrimoine romand: par la succession chronologique des bâtis qui parsèment le site bien entendu, mais aussi et surtout par les trésors qu’elle recèle, tant au niveau de l’art religieux (on trouve entre autres à Saint-Maurice de magnifiques pièces mérovingiennes et carolingiennes) que des archives, dont les collections ont été patiemment épluchées par une équipe dédiée qui y travaille depuis dix ans.

Le jubilé de 2015, dont le programme, en particulier liturgique, n’est pas encore tout à fait arrêté, fera la part belle à une mise en valeur renouvelée de cette richesse historique, esthétique et culturelle: «Nous avons mis sur pied plusieurs commissions pour l’organisation du jubilé, explique Mgr Roduit. Les axes patrimoniaux (archéologie, trésor, archives) ont chacun leur commission ad hoc, c’est dire l’importance que nous leur accordons.»

De fait, 2015 sera l’occasion de (re-) découvrir l’histoire mauricienne d’un œil neuf. Premier témoin des mutations concrètes de l’abbaye, le site archéologique du Martolet, situé juste derrière les bâtiments actuels, a été entièrement fouillé. Abrité par une grande marquise, il offrira pour le jubilé un parcours didactique qui permettra de suivre sur leurs vestiges la chronologie des différents édifices qui s’y sont succédé.

Deuxième grand axe: les archives. Depuis 2000, la Fondation des archives historiques de l’abbaye travaille avec succès à la mise à disposition sur Internet*des pièces que détient Saint-Maurice. Le fonds, dont la numérisation est quasiment terminée, est avant tout constitué de documents administratifs d’une grande valeur pour les historiens qui s’intéressent aux portraits changeants du Bas-Valais et du Chablais au cours des siècles. Ainsi d’un des éléments majeurs de la collection: le Minutarium Majus, imposante collection de quelque 1400 actes notariés de la deuxième moitié du XIIIe siècle qui permet de retracer le quotidien d’une région dans ses moindres détails. Jusqu’à la vente d’une parcelle de vigne à Villeneuve en novembre 1294…

S’il est, enfin, un patrimoine qui fait briller loin à la ronde l’abbaye de Saint-Maurice, c’est bien celui que renferme sa salle aux trésors. Merveilles mérovingiennes, comme le coffret de Teudéric; splendeurs carolingiennes, telle l’aiguière dite de Charlemagne. Ou encore le reliquaire de la Sainte Epine, offert en 1262 par saint Louis, roi de France: monstrance d’or fin rehaussée de pierres précieuses et de perles, pied d’argent doré; et le reliquaire en lui-même, de cristal, qui renfermerait deux parcelles de la couronne d’épines du Christ. Aujourd’hui, ces pièces sont à l’étroit, regrette Mgr Roduit: «La salle de présentation, aménagée en 1948, peut recevoir au maximum vingt personnes à la fois. Afin de pouvoir accueillir plus de monde, l’abbaye a décidé de délocaliser le trésor et de le déployer dans la cave adjacente, ce qui quintuple le volume. Un atelier de conservation et de restauration va être installé à l’abbaye même.»

Les travaux d’agrandissement de la salle du trésor devraient avoir lieu au plus tard en 2014. Les pièces devront donc être dé­placées durant ce temps-là. Pour certaines d’entre elles, l’exode momentané pourrait être prestigieux: «Nous sommes en tractations avec le Musée du Louvre pour lui prêter une vingtaine de pièces, les plus prestigieuses, les mirabilia, durant le printemps 2014. Plusieurs reliquaires seront exposés et, comme ce sont des objets de vénération, certains passeront par une cérémonie à Notre-Dame de Paris auparavant. Mais l’accord n’est pas encore conclu tant que le Louvre n’a pas donné sa réponse.» Selon Mgr Roduit, l’institution parisienne doit la donner ce mois encore.

*www.aasm.ch

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