Ces quinze prochains jours, deux festivals se succèdent à Genève. Tous deux donnent à leur façon la parole au Sud. Avant Black Movie, qui débute vendredi prochain avec un programme plus cinéphile, mêlant fictions et documentaires (voir ci-dessous), le 17e festival Médias Nord-Sud permet de voir la production de 30 télévisions et de 40 réalisateurs indépendants. Si le rendez-vous a commencé vendredi dernier par un colloque à l'Institut universitaire d'études du développement (l'IUED est l'un des organisateurs du festival), place est faite, dès aujourd'hui, à l'image. Toute la journée, jusqu'à vendredi, la Télévision suisse romande – l'autre grande organisatrice du festival – diffuse des documentaires dans ses locaux du quai Ernest-Ansermet. Et la journée se termine au Grütli, où Fonction: Cinéma et le CAC proposent une sélection projetée sur grand écran.

Douleurs internes

«Dans ces Soirées Nord/Sud, nous prenons plus en compte l'expression du réalisateur, la qualité cinématographique, explique Léo Kaneman, responsable de Fonction: Cinéma. Mais en même temps, nous tenons à ne pas nous enfermer dans l'image: presque chaque programme ouvre sur un débat.»

Ainsi, ce lundi 26 mars à 20 h, les Soirées sont lancées avec trois films traitant de la façon dont un pays gère ses grandes douleurs internes. Le reportage Une Réconciliation amère (Belgique, 2000, 24 mn) fait le point sur la Commission Vérité et Réconciliation d'Afrique du Sud, qui a cru à la force de la parole pour dépasser le temps de l'apartheid. Mais il montre que les victimes manquent souvent d'encadrement et fait ressortir la différence entre amnistie et pardon. Il souligne aussi que la moitié des Noirs sont au chômage.

Le magnifique From the Ashes (Afrique du Sud, 1999, 26 mn) montre comment le Mozambique tente d'en finir avec le lourd fardeau de quinze ans de guerre civile. Ici, pas de grande solution institutionnelle mais le recours local aux guérisseurs, aux cérémonies de purification. Enfin, les réalisateurs de Cambodge: entre paix et justice (France, 1999) dénoncent la décision du premier ministre Hun Sen de protéger les adjoints de Pol Pot, arguant d'une politique de paix pour oublier toute tentative de justice. Les projections seront suivies d'un débat avec de nombreux intervenants.

Les jours suivants, signalons mardi à 20 h, avec la même problématique que les films du lundi, la longue enquête dans un village algérien particulièrement touché par le terrorisme qu'a menée la réalisatrice Faouzia Fekiri. En particulier à travers la vie d'un garçon de 11 ans, orphelin d'un «égorgeur». (Le Rêve de Sisyphe, Algérie, la réconciliation, France/Pays-Bas, 2000, 52 mn). Et jeudi, à 20 h, Arno Klarsfeld sera là pour discuter de son film sur la «double peine», Les Bannis.

Festival Médias Nord-Sud, jusqu'au 30 mars. Programme complet: www.nordsud.ch. Rens. pour les Soirées au Grütli (rue Général-Dufour 16) au 022/320 78 78.