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Travis Scott en concert à Chicago, 2 août 2018.
© Tim Mosenfelder

Musique

Travis Scott, un disque contre une couronne

Le Texan publie «Astroworld», troisième album conçu pour dominer le marché rap. Ou quand le hip-hop emprunte ses stratégies agressives aux blockbusters hollywoodiens

C’était le 12 août, à Paris. Face au Centre Georges-Pompidou ou plantées aux abords de la tour Eiffel se contemplent des reproductions gonflables de la tête en plastique dorée visible sur la pochette d’Astroworld, nouveau disque de Travis Scott. Sa sortie plusieurs fois repoussée, comme pour davantage susciter l’intérêt, sa publication précédée d’une bande-annonce de science-fiction mégalo destinée à épater, la chose s’apprête à régner sur les charts et les grands-messes discographiques. C’est d’ailleurs là l’ambition première de son auteur. En effet, en 17 titres et une liste insolente d’invités, cette œuvre-monde existe d’abord pour forcer l’industrie à le consacrer.

Six Flags AstroWorld, c’est le nom d’un parc d’attractions autrefois situé face au NRG Park de Houston et où «Travi$» Scott aimait traîner, gamin. En 2005, le lieu est finalement rasé, laissant place à une suite de parkings et d’appartements. «C’était un mode de vie, avec des fantaisies, de l’imagination, explique le rappeur. On a volé cette bonne humeur.» Et son album de désirer rendre hommage à un lieu idéalisé dont il ne reste aujourd’hui intacte qu’une passerelle en métal. Mais aussi de se rappeler aux bons souvenirs de «sa» cité, Houston, faubourg oublié du hip-hop que l’idole, 26 ans, cherche à présent «à mettre en lumière». C’est qu’entre celle qu’on surnomme «Space City» et Jacques Webster Jr, son vrai nom, il y a beaucoup à réparer. Grandi au Texas mais forcé de migrer en Californie à sa majorité, quand sa région natale ne lui offrait aucune solution pour lancer sa carrière, il y revient aujourd’hui en conquérant.

A lire: Tout ira bien, Kendrick Lamar est là

C’est que les arguments sont de son côté. Devenu ce chanteur-producteur partout révéré, auteur d’albums célébrés, comme Rodeo en 2015, camarade de virées de durs à cuire starifiés (Young Thug, Migos, etc.), enfin businessman avisé, cette bête médiatique aux frasques continuellement relayées par la presse à scandale sait comme peu d’autres mobiliser l’attention. Avec Astroworld, le voilà donc qui annonce revenir «à la maison», affirmant même y créer un festival en novembre avec son flow coulant, mélancolique, nonchalant, grisé de cannabis, d’Auto-Tune et d’amertume.

Grand huit et jeu de massacre

Amertume: parce que si «Travi$» répète à l’envi avoir souffert en quittant Houston, il n’a pas plus digéré de voir son deuxième album, Birds in the Trap Sing McKnight (2016), boudé lors de la cérémonie des Grammy Awards, ce raout phare de l’industrie musicale américaine. Narcissique en diable, notoirement revanchard et associé à l’agent Sickamore, l’un des plus gros carnets d’adresses du rap game, Scott a alors sonné l’heure des réparations, sorti son chéquier et dépensé sans compter, s’assurant les services d’un nombre invraisemblable de talents raps-souls parmi les plus immédiatement désirables: le producteur Mike Dean, père du rap Dirty South, ou les beatmakers Metro Boomin, Sonny Digital et Murda Beatz. A eux, notamment, de délivrer les climats psychés qui rythment cette ballade anxiogène déroulée entre grand huit et jeu de massacre, train fantôme et stand de sucreries relevées d’acide.

Drake, The Weeknd, Frank Ocean, 21 Savage ou James Blake y patientent, grimés en croque-mitaines flippants ou encore drapés des habits d’un Monsieur Loyal déluré. Et quand les jeunes frappes Swae Lee ou Takeoff ne jouent pas à faire peur aux enfants, Stevie Wonder débarque harmonica en main au détour du single Stop Trying To Be God. C’est là l’un des sommets d’un disque imposant, mais complexe, dont les reliefs et beautés effilées exigent de se découvrir patiemment. Depuis DAMN., de Kendrick Lamar (2017), et malgré les uppercuts heureux vécus ces derniers mois (Scorpion, de Drake, qu’Astroworld déloge du haut des charts), combien de disques raps nous avaient touché pour leur équilibre trouvé entre audace, vigueur et vulnérabilité? Si peu, en vrai. Travis Scott participera aux MTV Video Music Awards le 20 août. Cinq mois plus tard, les Grammies devraient – ou pas… – enfin le déclarer roi.


Travis Scott, «Astroworld» (Epic/Sony Music).

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