Les centaines de milliers d’œuvres qui ne sont pas exposées dans les différents bâtiments des Musées d’art et d’histoire de Genève sont stockées dans sept dépôts. Elles devraient bientôt être rassemblées à un seul endroit, peut-être en 2012. Un progrès. En particulier pour les spécialistes qui sont chargés des collections et vont régulièrement les étudier, compléter les catalogues, vérifier leur état de conservation, préparer des expositions futures ou un nouvel accrochage des collections présentées dans les salles, ou répondre à des demandes de prêts.

Les réserves, c’est le trésor d’un grand musée. Même si les visiteurs ne s’en rendent pas toujours compte, chaque exposition publique est une sélection, un parcours possible dans l’histoire de l’art plutôt qu’un autre. Faut-il présenter des séries complètes, la totalité des œuvres d’un seul artiste au détriment de la variété, consacrer un espace important aux sculptures ou les reléguer dans les escaliers? Avec ses dizaines de milliers d’objets exposables, un grand musée comme celui de Genève peut faire des choix, décider de sa muséographie, de sa stratégie d’exposition.

Ses dépôts abritent aussi des objets qui ont perdu de leur attrait à cause de l’évolution des goûts et des intérêts mais qui redeviendront peut-être un jour à la mode. D’autres qui ne seront jamais montrés dans les salles parce qu’ils sont trop petits, incomplets (des fragments de poteries par exemple), insuffisamment lisibles pour la compréhension des visiteurs ou parce qu’ils appartiennent à des séries dont ils ne sont pas les exemplaires les plus remarquables. A quoi sert ce patrimoine encombrant?

Un musée n’est pas seulement destiné à ses visiteurs d’aujourd’hui. «Il a un rôle de transmission aux générations futures, explique Jean-Yves Marin, le directeur des MAH, ce qui l’oblige à être ­attentif à tout ce qu’il possède. Ses collections servent à l’étude et à la recherche. Il est sans cesse sollicité pour des prêts qui contribuent à son rayonnement et auxquels il répondra plus facilement s’il possède des objets similaires ou complémentaires.» Il reflète en outre des traditions et une culture régionale. Ainsi, en arrivant à Genève depuis la France, le nouveau directeur a découvert que le patrimoine des MAH provenait essentiellement des dons de collectionneurs privés, d’une relation intime entre les amateurs d’art genevois et l’institution publique.

Ce patrimoine n’est pas caché pour l’éternité. Outre que l’agrandissement du musée permettra de mieux le présenter au public, Internet le rendra bientôt accessible. C’est un travail de titan auquel se livrent tous les musées dignes de ce nom. L’informatisation des inventaires genevois est en cours et quelque 100 000 objets devraient être mis en ligne d’ici à la fin de l’année 2010. Autrefois, avant la naissance des grands musées au XIXe et au début du XXe siècle, les collections d’art étaient réservées à quelques privilégiés. Elles font maintenant partie de la culture de masse. Avec la mise en ligne de tout leur patrimoine, les musées franchissent une nouvelle étape de l’ouverture au plus grand nombre.