Autrefois, les rois finançaient eux-mêmes les constructions somptuaires destinées à célébrer leur propre gloire. Aujourd'hui, le Musée du Louvre fait appel au mécénat du pétrolier Total pour assurer leur pérennité. La grande galerie d'Apollon, où les trésors de la royauté et de l'empire sont exposés sous les ors, les stucs et les peintures spectaculaires, commençait à tomber en ruine. Elle a été fermée il y a trois ans pour restauration. Coût: 5,2 millions d'euros, dont 4,5 aux frais du pétrolier français. Elle est de nouveau ouverte au public à partir de cette semaine.

Au milieu du XVIe siècle, le Louvre se transforme. Château encore médiéval, il devient une immense résidence royale. En 1564, Catherine de Médicis ordonne la construction d'un nouveau château. En 1566, des travaux commencent pour relier ce dernier à l'ancien, par une galerie perpendiculaire à la Seine. En 1652, quand Louis XIV s'installe au Louvre, il lance de nombreuses constructions et confie à Louis Le Vau l'amélioration des appartements royaux. Au cours d'une fête, le 6 février 1661, un décor prend feu dans la galerie perpendiculaire.

Louis XIV, qui est désormais le Roi-Soleil, réengage Louis Le Vau et le peintre Charles Le Brun, dont il avait repéré les talents au château de Vaux-le-Vicomte, pour reconstruire. Il veut une galerie d'apparat à sa mesure. Ce sera la galerie d'Apollon, qui deviendra ensuite le modèle de la galerie de Glaces à Versailles, où le Roi-Soleil installe la Cour. Le Louvre est alors en partie délaissé au profit de la nouvelle résidence royale. Le chantier s'interrompt. Il est repris lorsque l'Académie royale de peinture occupe la place. Les transformations ne s'arrêteront plus pendant deux siècles. Elles se terminent, à une époque où le Louvre est déjà devenu un musée, par la réalisation d'une immense peinture au centre du plafond signée par Delacroix au milieu du XIXe siècle: Apollon vainqueur du serpent Python.

La galerie d'Apollon mesure 60 mètres de long. Elle est éclairée à l'est par de grandes fenêtres, qui la rythment et qui commandent la répartition des sculptures, des peintures et des tapisseries. Elle surplombe la Seine, côté sud. Et elle est occupée en son centre par une série de vitrines où sont exposés les trésors de la royauté – coupes en agate, vases en pierres dures, travaux d'orfèvrerie stupéfiants, avec aussi, dans une vitrine blindée, le Régent, un fameux diamant qui orna la couronne de Louis XV, et la couronne de l'impératrice Eugénie. Dans la magie du luxe et du faste, la galerie d'Apollon est un sommet de l'art mis au service de la célébration des pouvoirs.