Philippe Besson. Un Garçon d'Italie. Julliard, 222 p.

Chacun des trois premiers romans que Philippe Besson, nouvel auteur chanceux, a publiés chez Julliard en l'espace de deux ans a été remarqué: En l'Absence des hommes et L'Arrière-Saison ont reçu un prix; et le deuxième, Son Frère, vient d'être porté à l'écran par Patrice Chéreau. Quid du quatrième? Un Garçon d'Italie s'offre comme une gageure, tenue jusqu'au bout avec habileté par le romancier: celle de faire parler un cadavre à la première personne, sans que la chose paraisse ni artificielle ni morbide. Au contraire, Luca est un jeune mort qui a été heureux, et le dit avec énergie et vitalité.

Le récit se compose de quatre parties, toutes introduites par une citation du Métier de vivre, le journal de Pavese. Les trois protagonistes s'y expriment à tour de rôle, le premier et le dernier mot revenant à Luca. Pourquoi les carabiniers ont-ils retrouvé son corps à demi immergé dans l'Arno, en contrebas du pont Santa Trinità? S'agit-il d'un accident, d'un suicide, peut-être même d'un assassinat? Sa compagne Anna est convoquée par la police pour «reconnaître le corps», cependant que le jeune prostitué Leo attend le client à la gare de Santa Maria Novella en s'interrogeant sur le silence de Luca. Lequel raconte sa propre autopsie, ce qui constitue sans doute une première sur le plan narratif.

Tout est en place pour une enquête qui va dévoiler ce qu'Anna ignorait: le lien secret unissant Leo et Luca, depuis ce jour où, tel un christ égaré dans un film de Pasolini, il s'est approché de Leo en lui disant simplement: «Mon nom est Luca.» Cette révélation s'ajoute pour Anna à la douleur du deuil, alors que Leo, lui, connaissait son existence. Le ressort du Garçon d'Italie, c'est la manière forcément différente dont chaque membre du trio va «vivre» cette mort – avec douceur et curiosité, regret et gratitude, colère et confusion.

En saluant cette nouvelle réussite d'un auteur à l'évidence très doué, on regrettera tout au plus que l'usage généralisé du «je» prive les personnages de profondeur ou d'une certaine ambiguïté. Lisse et parfaitement maîtrisé, ce roman suit une épure irréprochable, au dessin aussi ferme que l'autoportrait de Filippino Lippi de la chapelle Branccaci qu'aimait tant Luca: référence picturale qui fait parfois fugitivement regretter le mystère à la Hopper baignant l'évocation d'une femme à la robe rouge, dans L'Arrière-Saison.