«Es war einmal…» En allemand comme en français, toutes les histoires commencent par les mêmes mots: il était une fois. Donc, il était une fois un trio d'humoristes, les Geschwister Pfister: Ursli et Toni Pfister, deux orphelins de Zermatt élevés à l'ombre du Matterhorn, rendent visite à leur oncle Bill à Las Vegas et s'y découvrent un talent de comédien. Devenus enfants stars en Amérique, ils rentrent en Europe au début des années 90. Les frères Pfister y rencontrent Fräulein Schneider, Miss Bulgarie 1969 à la voix merveilleuse. Toni et Fräulein («un ancien prénom bulgare, qu'il suffit de bien savoir prononcer») tombent amoureux et se marient. Si Fräulein Schneider a épousé Toni, elle a toutefois voulu conserver son nom de jeune fille. Depuis, on l'appelle Frau Fraülein Pfister-Schneider. Aujourd'hui, les Geschwister Pfister sont des stars du show-biz en Allemagne et en Suisse alémanique. Après avoir présenté The voice of Snow White en juin et juillet dernier, au Corso Theater à Zurich, ils reviennent en Suisse avec un tout nouveau spectacle, On the Run, donné dès ce soir et jusqu'au 19 septembre à la Mühle Hunziken, près de Berne.

Une mythologie

Hormis le succès et les spectacles, ce joli conte de fées n'est pas le reflet de l'exacte vérité. Les Pfister ne viennent pas de Zermatt et sont encore moins frères et sœurs. Les comédiens Andreja Schneider (Fraülein Schneider), Christoph Marti (Ursli) et Tobias Bonn (Toni) se sont rencontré à Berlin. La première, Croate, ne connaît de la Bulgarie que le nom, alors que Christoph Marti, d'origine bernoise, partage sa vie avec Tobias Bonn, humoriste berlinois. Petit à petit, de spectacles en spectacles, la troupe s'est construit tout une mythologie, saupoudrée d'une bonne dose de vérité. Un site (www.geschwister-pfister.de) et quelques enregistrements nourrissent le mythe. Ainsi, depuis 1995 et le spectacle Die Geschwister Pfister – March for Glory – où Fräulein Schneider crée sa propre armée – la troupe connaît un succès grandissant. Prix Wallo la même année, ils enchaînent les représentations et construisent l'histoire de la famille Pfister en y ajoutant des épisodes. En 96, on les retrouve dans l'espace, engagés par la Nasa, avec The Great Space Swindle.

Avec le spectacle présenté cet été à Zurich, The Voice of Snow-White, adaptation de l'histoire de Blanche-Neige, les Geschwister Pfister ont voulu donner une autre image de leurs fidèles personnages «Et surtout se faire plaisir», avoue Christophe Marti, ce matin de juillet, lendemain d'une représentation, dans un hôtel du quartier du Niederdorf. Premier personnage qui sort du cadre familial des Pfister, leur «Schneewittchen» est une petite fille dominée par sa belle-mère acariâtre et narcissique. Les deux femmes ont des références: Joan Crawford et sa fille Christina, Marlene et Maria Dietrich ou encore Magda et Romy Schneider. Fräulein Scneider joue Blanche-Neige, Ursli campe la méchante reine et Toni interprète à lui seul les sept nains. Tout ça arrosé de chansons: du jodel tyrolien à un «Sayonara Tokio» en japonais, en passant par les meilleurs Schlager et tubes hollywoodiens.

La clef de la réussite des Geschwister Pfister: le détournement de vieux mythes. A l'instar d'un Max Raabe, pour ce qui est de la musique, ou d'un Loriot en ce qui concerne le texte, les Pfister détournent les valeurs de la société germanique, qu'elles soient des succès populaires, comme le Schlager, ou des icônes gay, à l'image de Joan Crawford.

Dès ce soir, dans «On the run», on retrouvera la famille Pfister et cette fois, Fraülein Schneider veut décrocher le prix de «Babicka 2000», l'équivalent bulgare de la Marianne française. Une nouvelle aventure à travers les Alpes saluée en avril dernier par la presse berlinoise.

On the Run, Die Geschwister Pfister, du 30.8 au 10.9, relâche les lundis et mardis, Mühle Hunziken, Rubigen (Be). réservations: 031/721 07 21.