Pour contrer la propagation de la pandémie de coronavirus, nous avons renoncé à organiser des événements dans nos locaux. Mais pour que vous puissiez tout de même assister aux conférences prévues, certaines sont proposées sur notre site sous forme de vidéo ou de chat en ligne. Ce live-chat est réalisé avec le Verbier Festival, partenaire historique de notre média. Frappée par la crise, la manifestation classique existera cet été dans une version virtuelle.

Composé de Pauline Chenais (piano), Clémence de Forceville (violon) et Angèle Legasa (violoncelle), le Trio Sōra est un ensemble fondé en 2015. Régulièrement invitées à se produire sur de nombreuses scènes prestigieuses internationales, elles se perfectionnent depuis des années grâce à des collaborations avec de grands noms du milieu. Citons notamment Mathieu Herzog, András Schiff ou encore Menahem Pressler. Pour célébrer le 250e anniversaire de la naissance de Beethoven, le groupe enregistre l’intégrale des six grands trios avec piano du compositeur allemand. Le résultat? «BEETHOV3N», un premier album qui sera disponible chez Naïve à l'automne 2020.

Mais comment se déroule la vie d'artiste aujourd'hui lorsqu'on a seulement une vingtaine d'années? Pour le savoir, nous en avons discuté avec le Trio Sōra. Découvrez leur réponses à vos questions ci-dessous:

  1. Question posée par BErnard :
    Dans les arts visuels, le public passe facilement de Rembrandt à James Turrell ou Anish Kapoor. En musique, les amateurs de Bach n'apprécient pas trop Radiohead ou Pink Floyd, et vice-versa. Comment expliquer cette segmentation chez les mélomanes?
    Réponse donnée par Clémence à 15:19

    Dans les arts visuels on est généralement en effet plus ouverts à des esthétiques très différentes, et lorsqu’on apprécie la grande peinture classique et romantique on est en général plus apte à apprécier l’art contemporain.

    En musique on a tendance à davantage différencier la musique dite savante (Bach, Beethoven, etc.) de la musique «populaire» ou musique de divertissement. Mais personnellement, j’adore écouter les Beatles ou Radiohead, certes ce sont des musiques plus «populaires» mais aussi incroyablement expressives, d’une manière différente. Je pense qu’aimer la musique classique n’empêche pas d’apprécier d’autres styles.

     


  2. Question posée par Danielle :
    Comment choisissez-vous votre répertoire?
    Réponse donnée par Trio Sōra à 15:33

    Par exemple, cette année est le 250ème anniversaire de Beethoven. Nous avons décidé de nous plonger dans son univers en enregistrant ses six grands trios! Nous tenons aussi à défendre le répertoire de compositrices, et avons d’ailleurs fait une commande à la compositrice canadienne Kelly-Marie Murphy. Nous avons la chance d’avoir un répertoire très vaste et de pouvoir programmer des récitals très éclectiques.


  3. Question posée par Alain :
    Avez-vous déjà joué avec des musiciens de rock?
    Réponse donnée par Trio Sōra à 15:24

    Nous n’avons jamais joué avec des musiciens rock! Mais oui, l’expérience nous tenterait. Nous avons des amies proches qui forment le groupe LEJ et serions heureuses de jouer avec elles :)


  4. Question posée par Danielle :
    Combien d'heures par jour jouez-vous pour vous maintenir à votre niveau?
    Réponse donnée par Trio Sōra à 15:21

    Nous travaillons 8 heures par jour.


  5. Question posée par Greg :
    Une question aux trois artistes: pourquoi avez-vous choisi de jouer sur vos instruments?
    Réponse donnée par Trio Sōra à 15:22

    Pauline: ma mère était pianiste amateur, dès ma petite enfance je demandais à accéder au piano. J’ai donc commencé à 3 ans, son professeur refusant de m’enseigner avant!

    Clémence: j’avais 4 ans, c’était pour moi une évidence!

    Angèle: au départ, je voulais aussi faire du violon! Mais il n’y avait pas la place au conservatoire de ma ville natale. J’étais très heureuse dès mes premières notes au violoncelle!


  6. Question posée par Danielle :
    Comment conciliez-vous activité professionnelle et personnelle?
    Réponse donnée par Trio Sōra à 15:28

    Étant en début de carrière, nous mettons la priorité sur notre vie professionnelle qui demande énormément d’investissement. Malgré tout, nous essayons de garder un peu de temps pour nous, ce qui est primordial pour notre équilibre individuel et de groupe!


  7. Question posée par Raphael :
    J’ai remarqué que dans certains trios, d’après mon humble appréciation, les pianistes dominent trop, du point de vue volume et dictent unilatéralement trop le tempo des pièces. Les pianos n’avaient-ils pas au temps de Beethoven moins de puissances par rapport aux cordes aujourd’hui?
    Réponse donnée par Trio Sōra à 15:37

    En effet, les pianos à l’époque de Beethoven avaient moins de puissance sonore mais il en est de même pour les cordes. Les instrumentistes de l’époque jouaient sur des cordes en boyaux, qui donnent une sonorité beaucoup plus douce. L’archet était également différent.

    Le piano moderne s’équilibre donc plutôt bien avec les violons et violoncelles et archets modernes. L’équilibre en trio est une chose délicate à trouver, qui dépend également beaucoup de la salle et de l’acoustique, c’est pourquoi nous répétons quotidiennement afin de développer et de perfectionner notre oreille et être capables de nous adapter en toute circonstance.


  8. Question posée par Yeo :
    Le mot musical que vous préférez?
    Réponse donnée par Trio Sōra à 15:41

    Cantabile, qui, pour nous, représente l’essence même de la musique.


  9. Question posée par Bernd :
    Quels sont vos prochains projets?
    Réponse donnée par Trio Sōra à 15:44

    Notre projet phare de cette année se poursuivra jusqu’en 2021: la sortie de notre Triple Album Beethoven chez Naïve est prévue pour le 6 novembre 2020 et elle sera suivie d’une tournée de concerts en Europe et en Chine.

    Nous avons aussi à coeur de défendre la musique contemporaine et nous avons commandé un Triple Concerto à la brillante compositrice canadienne Kelly-Marie Murphy, que nous admirons pour son style explosif. La création de ce Triple Concerto aura lieu en 2022.
    Un autre projet que nous attendons avec impatience pour l’année prochaine: notre collaboration avec la Middle Eastern Children Institute. 

    Nous irons en Palestine pour une durée de 1 mois afin de monter un projet musical avec de jeunes enfants et adolescents, et également former les professeurs sur place à l’enseignement de la musique pour plus d’autonomie.


  10. Question posée par Michaud :
    Quel autre trio préférez-vous?
    Réponse donnée par Trio Sōra à 15:47

    Nous n’avons pas de trio préféré. C’est une sensibilité propre à chaque oeuvre. Nous avons une affinité avec le Trio de Ravel, ceux de Beethoven, la musique de Brahms et tout particulièrement celle de Kelly-Marie Murphy à qui nous avons tout spécialement commandé une pièce que nous espérons jouer très prochainement.


  11. Question posée par Marie :
    Pour moi, les jeunes adorent le classique, mais ils ne le savent tout simplement pas. Ecoutez du Muse, notamment les premiers albums, vous trouverez de larges parties de Rachmaninov. Ecoutez du rap, la musique classique y est omniprésente. Qu’en pensez-vous?
    Réponse donnée par Trio Sōra à 15:51

    Sans savoir qu’il s’agit de musique classique, beaucoup de jeunes en écoute en fait en permanence. Dès lors que le terme «musique classique», «musique savante» peut en rebuter certains alors qu’il s’agit du même langage que celui que l’on retrouve chez Muse et dans le Rap. 


  12. Question posée par Leo :
    Un artiste vivant ou disparu qui vous impressionne et impressionnera toujours? Pourquoi?
    Réponse donnée par Trio Sōra à 15:52

    Pauline: nous sommes extrêmement admiratives du Quatuor Ébène qui nous a donné l’envie de nous lancer sur la voie de la musique de chambre. Nous travaillons avec Mathieu Herzog qui en est l’un des membres fondateurs. Tabea Zimmermann est aussi une personnalité et une musicienne incroyable - avec qui nous avons eu la chance de jouer. C’est leur amour de la musique, l’inspiration qu’ils transmettent en font une immense source d’inspiration.

     


  13. Question posée par Maro :
    J’ai toujours jugé que Franz Liszt était la première «rockstar» de l’histoire. Il avait ses groupies, ses performances étaient très poussées. La Lisztomania en quelque sorte. Dans quelle mesure peut-on aussi dire, selon vous, que Beethoven a révolutionné la musique?
    Réponse donnée par Trio Sōra à 15:54

    Clémence: Beethoven a en effet révolutionné la musique, comme peu l’ont fait dans l’histoire de la musique. Beethoven est un inclassable, qui dès son jeune âge et ses premiers opus a brisé tous les codes classiques. Il prenait, selon moi, un malin plaisir à jouer avec les codes de l’époque pour complètement les dépasser.

    Beethoven a vécu dans les prémisses du romantisme, mais dans son expression, la portée psychologique et également philosophique de sa musique il avait déjà dépassé en quelques sortes le courant romantique. Beaucoup de ses oeuvres de son vivant furent incomprises et rejetées car trop en avance de son temps. Même de nos jours, sa musique ne vieillit jamais elle reste encore incroyablement moderne à nos oreilles! C’est ce qui nous passionne chez ce compositeur et ce qui nous a poussé à enregistrer les Six grands Trios de Beethoven.


  14. Question posée par Xavier :
    Pour séduire les nouveaux publics, ne faudrait-il pas proposer plus de contenu explicatif à la musique classique? Je trouve qu’on manque d’émissions de vulgarisation. Je me souviens par exemple d’une magnifique émission avec Jean-François Zygel (La boîte à musique) où il décortiquait par exemple très simplement le Boléro de Ravel. Tout devient plus clair avec de genre de vulgarisateurs, et on se passionne plus volontiers.
    Réponse donnée par Trio Sōra à 15:59
    Sans parler de «vulgarisation», nous aimons avant tout casser les préjugés qui gravitent autour de la musique classique et pour cela, nous présentons régulièrement les oeuvres que nous jouons, leur contexte, identité musicale et les raisons qui nous poussent à les interpréter. Cela renforce également le lien avec notre public, qui s’imprègne alors davantage de notre musique et rend plus accessibles à la fois le programme et les artistes.

  15. Question posée par Julie :
    Vous semblez être actives sur les réseaux sociaux, retrouvez-vous le même type de public dans vos concerts? Est-ce nécessaire selon vous, pour un trio, d’être présent sur ces outils aujourd’hui?
    Réponse donnée par Trio Sōra à 16:01

    Les outils numériques sont nécessaires pour maintenir le lien et une présence qui nous permet aussi d’exposer la vie du musicien dans son ensemble, au-delà du simple performeur. Beaucoup de personnes qui nous «suivent» nous suivent également dans nos déplacements et nos concerts. C’est très touchant de les retrouver et de partager après les concerts, c’est un soutien important pour nous, et dans le contexte actuel (Covid-19), le contact avec notre public nous manque tout particulièrement.


  16. Question posée par Julien :
    Les soeurs Berthollet ont expliqué avoir reçu des remarques sexistes ou même du harcèlement. Confirmez-vous que cela existe dans votre milieu? En avez-vous déjà été victimes?
    Réponse donnée par Trio Sōra à 16:05

    Nous n’avons pour notre part pas été victimes de harcèlement sexuel, mais nous pouvons vous confirmer que cela existe malheureusement. En tant que trois femmes musiciennes, nous ressentons parfois une certain sexisme à travers des commentaires ou des comportements infantilisants ou à caractère sexuel de notre public ou des organisateurs avec qui nous travaillons. Souvent ces remarques ne sont pas vraiment malveillantes de la part des gens qui les émettent mais restent souvent blessantes, et nous font comprendre que les mentalités doivent encore évoluer dans ce domaine.


  17. Question posée par Nath :
    Avec l’avènement du streaming et la chute des ventes des titres ou albums, beaucoup d’artistes jugent qu’il est désormais très difficile de vivre de la vente de ses morceaux. Confirmez-vous cela?
    Réponse donnée par Trio Sōra à 16:12

    Les ventes d’albums ont toujours représenté une part infime des revenus pour un artiste, quel qu’il soit. Évidemment, les concerts sont notre source de revenu principale. Il y a des disparités très grandes entre les sommes que touchent les groupes de musique de chambre et les solistes. Sans rouler sur l’or, nous avons la chance de pouvoir nous produire beaucoup et de vivre de notre art.


  18. Question posée par Bernard :
    Il est rare de voir des jeunes s’intéresser aux concerts classiques. Les programmes sont-ils trop élitistes? Que proposez-vous pour permettre de rajeunir un peu les salles? (Bernard)
    Réponse donnée par Trio Sōra à 16:15

    Au delà du programme lui-même, nous pensons que le format et le cadre du concert sont décisifs pour attirer un public plus jeune. Par exemple nous avons joué en octobre dernier à la Philharmonie de Paris dans un concert à 3h du matin qui faisait partie de la Nuit Blanche parisienne: des événements culturels organisés à travers toute la ville et durant toute la nuit.

    Nous avons été surprises de voir que notre public était en majorité des adolescents et des trentenaires! Ce qui les attire est l'expérience unique d’écouter un concert à 3h du matin, le côté original et expérimental les a donc intéressé autant que le programme. Et leur accueil fut vraiment enthousiaste! Nous y avions joué du Beethoven...

     


  19. Question posée par Sapha :
    Les fans de musique classique sont très diplômés et vivent majoritairement dans les grandes villes. La clé pour attirer un nouveau public, n’est-ce pas la pratique instrumentale dès l’école? Je ne suis pas sûre que les cours de flûte soient parfaits pour se sensibiliser à cet art…
    Réponse donnée par Trio Sōra à 16:15

    La musique est une passion qui se transmet. L'apporter dès l’école est indispensable pour générer l’intérêt des plus jeunes. Ce sont des initiatives qui existent, mais qui sont malheureusement trop rares.


  20. Question posée par Man4 :
    Quitte à rendre hommage à Beethoven: jouer un concert en portant des bouchons dans les oreilles pour ne rien entendre, vous relèveriez le pari?
    Réponse donnée par Trio Sōra à 16:16

    L’expérience pourrait être drôle! Les vibrations musicales sont une expérience en soi. Mais quel dommage de se priver de sa musique!


  21. Question posée par Lionel :
    Où rêveriez-vous de jouer votre album? Sur quelle scène? Et sur quel instrument?
    Réponse donnée par Trio Sōra à 16:17

    Clémence: au Carnegie Hall à New York :) mon violon est déjà magnifique, je n’en souhaite pas d’autre (un Guadagnini de 1777).
    Angèle: à la Cité Interdite à Pékin avec un Stradivarius.
    Pauline: en plein coeur d’une nature immaculée, sur un Fazioli.

    Question posée par :
    Conclusion
    Réponse donnée par Trio Sōra à 16:19

    Nous sommes ravies d’avoir pu échanger sur des questions aussi variées et nous nous faisons une joie de vous retrouver, non plus en numérique mais en réel, à l’occasion de notre concert à l’Église de Verbier le 26 juillet prochain! Merci à tous!