Le fantastique, c'est la métaphore. Le fantastique comme genre adulte, ou classique – celui que les écrivains du XIXe ont façonné –, s'est vite servi du matériau légendaire à des fins plus directes. Le roman Frankenstein, en 1818, ne fut-il pas la première mise en cause moderne d'une science devenue hégémonique? Certains, toutefois, ont continué à goûter le frisson pour lui-même, en revitalisant les histoires anciennes.

Cette richesse du genre se retrouve cette semaine à Neuchâtel, durant le Festival du film fantastique (NIFFF). Dans son discours d'ouverture, le directeur Olivier Müller a précisé que «nous ne comprenons pas seulement le fantastique comme un genre». Intention programmatique développée illico avec la projection de 28 Jours plus tard qui, sous couvert d'une terrifiante histoire post-apocalyptique de zombies rongés par un virus, met en forme la «rage sociale» que les auteurs estiment être le mal du nouveau siècle: violence irrationnelle, brutalités soudaines et sans motif…

C'est bien la force du NIFFF que d'explorer le genre dans ses trois dimensions majeures: le style frontal (bouh-fais-moi-peur), le second degré qui détourne les codes du genre au profit d'orgies grand-guignolesques, et les œuvres où la quincaillerie horrifique ne sert qu'à produire de la métaphore, où le monstre est un miroir. Dans cette catégorie, les festivaliers attendent par exemple Drive, montrée comme une peinture du Japon contemporain par ses marginalités. Provenant des quatre coins du monde, les films du NIFFF vont ainsi dresser une carte des angoisses, non exhaustive mais qui ne manque pas d'arguments. Heureusement, la gaudriole a aussi sa place, en particulier avec les «films du troisième type», section parallèle de l'audace et de l'absurde qui démarre vendredi. Et même dans ce salon des refusés se trouvera sans doute une satire sociale vitriolée. Tant il est vrai qu'en frissonnant devant les morts-vivants et autres vampires projetés sur l'écran, les amateurs du NIFFF se regardent un peu eux-mêmes.

Chronique consacrée au 3e Festival international du film fantastique, qui se déroule à Neuchâtel du 1er au 6 juillet.