Le propre des tripes à la neuchâteloise, c'est le vin blanc. Dans une casserole assortie d'une feuille de laurier, d'un bouquet de persil et d'un gros oignon serti de clous de girofle, on mouille les tripes à moitié de vin blanc et de bouillon gras. Un plat goûteux, assure le site www.nenet.ch, qui certifie: «L'art de bien boire et de bien manger fait traditionnellement partie de la culture et du patrimoine neuchâtelois.»

Et l'art de se faire peur? Durant six jours, Neuchâtel héberge la troisième édition du Festival du film fantastique (NIFFF), dû à une bande de passionnés de la région. Exercice de style culturel: dans un pays où les arts ne s'illustrent guère dans les registres du fantastique, de l'onirisme ou du macabre, une telle greffe peut-elle prendre?

Mardi, peu avant l'ouverture des festivités – la manifestation commençait bien mardi soir, et non lundi comme indiqué ici hier –, la ville semblait vivre son rythme ordinaire, l'arteplage se démonte toujours et le Knie squatte le port. Si le festival ne mobilise pas encore la cité – ainsi, aucune vitrine de commerce décorée pour la circonstance –, il rassemblera, comme les deux précédentes éditions l'ont montré, une foule hétéroclite d'amateurs avertis, de quinquas nostalgiques et d'ados en vadrouille. Les réservations sont prometteuses, indiquent les organisateurs. Mais au-delà des chiffres, c'est la place d'un certain imaginaire qui se joue à Neuchâtel, celle d'une culture populaire à laquelle plusieurs générations se sont abreuvées, mais qui n'a toujours pas sa place dans les officialités culturelles en Suisse. Après tout, le goût du mystère et de l'effroi est aussi riche de traditions que le bien boire ou le bien manger.

Chronique consacrée au 3e Festival international du film fantastique, qui se déroule à Neuchâtel du 1er au 6 juillet.