La violence, bien sûr. Durant le Festival du film fantastique de Neuchâtel, impossible de ne pas s'interroger sur la brutalité de certains films projetés alors que l'insécurité s'impose comme préoccupation collective et que des bandes de jeunes, sous perfusion culturelle américaine, défraient la chronique. Bien des films fantastiques opèrent dans un registre sanglant, le gore. Corps décapités, entrailles à l'air ou massacres en tout genre font ici partie du paysage. Est-ce bien raisonnable?

En fait, le décalage entre la gravité du débat et la manière dont les amateurs consomment ces films, comme à Neuchâtel ces jours, est frappant. En dépit du prétendu caractère subversif du genre, le public de films d'épouvante est plutôt conservateur. Il exige une sorte d'éternel retour du même tout en savourant quelques transgressions, jusqu'à un certain point. Le bon divertissement respectera les nombreux codes, mais redoublera de références et de cruauté dans les mises à mort. Ce goût que certains jugeront morbide, d'autres ludique – on tutoie la mort, après tout, et c'est le seul endroit où elle fait rire – a quelque chose d'obsessionnel. Mercredi soir, avant la projection de Beyond Reanimator, troisième volet très attendu des aventures d'un médecin cinglé qui réanime des cadavres, un fan lové dans un fauteuil du cinéma Apollo confessait avoir visionné «hum, une trentaine de fois» le premier épisode.

Beyond Reanimator – au demeurant assez poussif – illustre bien la nouvelle déclinaison du gore, qui ne se conçoit plus sans un humour ravageur et totalement codé. Notons que le réalisateur Brian Yuzna présentera son film samedi à 22 h 15. Peut-être évoquera-t-il sa séquence la plus marquante, déjà légendaire sur Internet comme à Neuchâtel, qui montre, en ombres chinoises, un pénis tranché mais encore vigoureux en train de tabasser un rat. Difficile de voir la source du mal social dans une telle opérette du macabre.

Chronique consacrée au 3e Festival international du film fantastique, qui se déroule à Neuchâtel du 1er au 6 juillet.