S'il y a du brouillard à Neuchâtel en automne, raconte Georges Méautis dans ses Contes neuchâtelois (Ed. H. Messeiller), c'est parce que jadis, la fée Muriel, qui vivait dans un palais sur les pentes de Chaumont, a jeté de l'eau bouillante sur un dragon qui terrorisait la cité. Celui-ci a alors craché sa fumée dont les restes forment la brume, puis il s'est réfugié en Chine, où l'on apprécie les dragons. L'amitié de Neuchâtel avec l'Orient lointain était donc bien établie, et le Festival du film fantastique (NIFFF) la prolonge. La section consacrée aux nouveaux cinémas d'Asie, inaugurée cette année, dresse un modeste panorama des expressions multiples de la région. Du thriller (Phone) au dessin animé un peu déjanté (MacDull dans les nuages, sorte d'anti-Disney par l'absurde), les festivaliers se promènent dans un imaginaire volontiers parodique ou flamboyant.

Venu de Hongkong, The Stewardess montre comment une sadique qui voulut être hôtesse de l'air assassine ceux qui salissent ses jolis souliers rouges en leur plantant une maquette d'avion dans l'abdomen. Voir aussi Patalghar, premier film de science-fiction produit par Bollywood, montré samedi à 15 heures, un immense mille-feuille au curry qui gavera les plus boulimiques. Qu'on en juge: un inventeur sage (ça existe) a conçu une machine qui permet d'endormir les hommes en quelques secondes. Cette merveille est convoitée par un scientifique gentil (ça se trouve), les soldats de la Bégum – qui parlent comme Donald – et un extraterrestre vêtu d'une nappe en plastique M-Budget. Le tout en chansons. Pour les chevronnés du NIFFF, dont l'œil encore vigilant veut palpiter après une cure intensive de suspense intolérable et de terribles massacres, le second degré d'Asie est revigorant. D'autant que le dragon de la fée Muriel revient dimanche dans la cité, avec l'avant-première de Hero, superproduction qui se déroule en Chine ancienne, bien sûr.

 

Chronique consacrée au 3e Festival international du film fantastique, qui se déroule à Neuchâtel du 1er au 6 juillet.