Voir deux mille auditeurs se lever comme un seul homme au moment où la cantatrice vient saluer est un spectacle émouvant. On l'a vécu samedi soir au Festival de Salzbourg, quand Waltraud Meier est apparue après avoir donné une Isolde absolue. La standing ovation venait saluer l'engagement sans borne d'une grande bête de scène – en superbe forme vocale, qui plus est.

Tout n'était pas digne d'elle, tant s'en faut, lors de cette première de Tristan et Isolde de Wagner qui a souffert de plusieurs défections: celle du chef Claudio Abbado il y a quelques mois, celle du ténor Ben Heppner il y a quelques jours. Si ce dernier est efficacement remplacé par Jon Fredric West, la direction de Lorin Maazel a de quoi refroidir l'Isolde la plus enamourée. Le trait est appuyé, les nuances caricaturales, les ralentendos «hénaurmes» et les crescendos éléphantesques. Maazel dirige lourd et fort au mépris des chanteurs, enfouis sous les déferlantes d'un Philharmonique de Vienne qui finit par sonner sec et dur. C'est d'une vulgarité confondante.

Sans ce conducteur du dimanche, la soirée eût été belle. Car autour du couple central, Falk Struckmann assouplit son timbre pour composer un Kurwenal nuancé, la Brangaine de Marjana Lipovsek compense par son soin des mots son moelleux vocal évanoui, tandis que le Marke de Matti Salminen est royal de texte comme de ton.

Quant à Klaus-Michael Grüber, il signe un spectacle bien moins déplacé que son Couronnement de Poppée aixois. Il peut rendre grâce à Eduardo Arroyo, qui a imaginé une scénographie parfaitement adaptée à la scène XXL du Grosses Festspielhaus. Celle-ci inscrit le mythe dans l'immensité d'un vaisseau fantomatique vu en coupe, puis, lors du périlleux deuxième acte, dans une nuit traversée par deux arbres dont les branches s'enlacent. Les éclairages savants de Vinicio Cheli, les costumes expressifs de Moidele Bickel finissent de démontrer que Grüber, à l'opéra, met davantage en image qu'en scène. Dans un ouvrage qui a fait «sécher» les plus grands théâtreux, c'est déjà ça…

A. Px