Vie littéraire

Trois garçons au Femina

Philippe Jaenada, John Edgar Wideman et Jean-Luc Coatalem décrochent les trois prix décernés par le jury des dames

«L’attente se prolonge au Femina. Faudra-t-il interrompre les débats à coups de serpe?» Bernard Lehut, Monsieur Livres sur RTL, a remporté hier la palme du tweet le plus rapide. C’est lui qui a donné en premier, l’air de rien, le titre du roman primé par les dames du Femina.

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La Serpe de Philippe Jaenada (Julliard) a convaincu les jurées, qui ont aimé ce gros livre de 648 pages en forme d’enquête sur un fait divers: le meurtre sauvage, en 1941, des habitants du château d’Escoire, près de Périgueux dont on accusa Henri Girard, futur auteur du Salaire de la peur et fils du propriétaire des lieux, Georges Girard, membre du gouvernement de Vichy. Philippe Jaenada, à qui l’on doit notamment La Petite Femelle ou Sulak, s’y met en scène en enquêteur loufoque, tentant de débusquer la vérité autour de ce crime resté sans solution, puisque Henri, finalement, fut acquitté du meurtre de ses parents.

Le Femina étranger ne détonne pas, puisqu’il récompense là aussi le récit d’un fait divers qui mêle réalité et fiction. C’est Ecrire pour sauver une vie. Le dossier Louis Till (Gallimard), traduit de l’anglais par Catherine Richard-Mas et signé par l’Américain John Edgar Wideman qui décroche le prix.

Femmes sur la touche

Encore de l’autobiographie adossée au réel au rayon du Femina essai, avec Mes pas vont ailleurs (Stock). Jean-Luc Coatalem rend un hommage très personnel à l’écrivain breton et voyageur Victor Segalen, l’auteur de René Leys et des Immémoriaux, dont il fait une sorte de double géographique et littéraire.

A noter que ni le Goncourt ni le Femina n’ont été sensibles aux écrits d’auteures femmes, qui demeurent dans le camp des challengers. Au premier rang desquelles, Véronique Olmi, battue au troisième tour lors du Goncourt par six voix à L’Ordre du jour d’Eric Vuillard contre quatre en faveur de son roman Bakhita et qui prend un coup de serpe au Femina, au 5e tour cette fois, par six voix contre quatre. Néanmoins les jurées du Femina ont salué l’anthropologue Françoise Héritier en lui décernant un prix spécial pour l’ensemble de son œuvre.


Roman, La Serpe, Philippe Jaenada, Julliard, 648 p.
Roman, John Edgar Wideman, Ecrire pour sauver une vie. Le dossier Louis Till, traduit par Catherine Richard-Mas, Gallimard, Du monde entier, 246 p.
Essai, Jean-Luc Coatalem, Mes pas vont ailleurs, Stock, 288 p.

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