Plus que de l'amour, c'est de la rage, du désespoir, du vertige d'amour. Pendant trois heures, les deux héros de Lucio Silla, Giunia et Cecilio, se disent sur tous les tons leur ardeur contrariée par la concupiscence de l'affreux tyran qui tient Rome sous son joug. Leur plaisir à chanter leur flamme paraît infini, comme devait l'être celui de Mozart, qui compose à l'âge de 16 ans cet opéra admirable de bout en bout. Mais la longueur de cet exercice d'adoration réciproque, construit sur une enfilade continue d'airs, ne pardonne pas l'ombre d'une imperfection.

C'est l'une des raisons pour lesquelles on le monte rarement: il réclame une poignée de voix parfaites. L'Opéra de Lausanne s'en sort très dignement avec le couple principal. Melanie Walz fait une Giunia au timbre tranchant comme le fil de l'épée, rebelle, déterminée, risque-tout, alors que Kristina Hammarström, dans le rôle travesti de Cecilio, dévoile une voix de mezzo splendide, sensible, noble, de très haut lignage.

Mais les frémissements de la jeunesse ne comblent pas entièrement ce que l'expérience apporterait: la différenciation des couleurs, des phrasés, l'autorité musicale qui fait tenir des personnages aussi sollicités, malgré les conventions d'écriture et les difficultés techniques. Et Jonathan Darlington n'est pas le chef à donner cette vie. Il dirige certes avec nerf, mais tout droit, en noir et blanc.

Reste le théâtre, dira-t-on. Mais le théâtre est si rare dans Lucio Silla qu'il a fallu un Chéreau, autrefois, pour y faire apparaître les jeux du pouvoir et de la passion. Ici, tout flotte dans une production étrange, où trois systèmes ne se rencontrent jamais: celui des costumes d'Adeline André, qui habille Rome en tuniques aux lignes épurées, très chic; celui du décorateur Mattia Bonetti, qui se perd entre des panneaux monochromes et des accessoires kitsch; enfin la mise en scène de Jean-Marc Bory qui, hélas, sans style ni discours, veut dire beaucoup mais n'exprime rien. Au bout du compte, l'ennui sort vainqueur.

Lucio Silla. Opéra de Lausanne, les 27 fév., 2 et 7 mars à 20h, le 4 mars à 17h.

Loc.: Billetel.