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Trois meurtres et deux nouvelles dans l'oeil de James Ellroy

Dans «Reporter criminel», James Ellroy revisite deux affaires jadis retentissantes: un double assassinat à Manhattan en 1963 et un crime au couteau à West Hollywood en 1976

L’un des maîtres du roman noir américain, James Ellroy, publie chez Rivages Noir, sous le titre Reporter criminel deux nouvelles, traduites par Jean-Paul Gratias, son traducteur attitré depuis près de vingt ans.

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Deux histoires, deux faits divers – sanglants comme il se doit et, en leur temps, retentissants – qui ont en commun le fait que les polices ont mis un temps considérable à les élucider.

Faux coupables, fausses pistes

La première nouvelle tourne autour de l’assassinat de deux jeunes filles émancipées, deux «career girls» selon l’expression américaine, Janice Wylie et Emily Hoffert sauvagement agressées et tuées dans l’appartement qu’elles partageaient à Manhattan, le 28 août 1963.

Le second texte repart sur la côte Ouest et se penche sur le meurtre, le 12 février 1976, de Sal Mineo, l’un des seconds rôles de La fureur de vivre où joua James Dean un «nanar flamboyant», dit James Ellroy – tué de nuit, à coups de couteau, non loin de chez lui dans West Hollywood, ou plutôt dans «Zarbiwood Ouest», selon l’expression de l’auteur.

Faux coupables, fausses pistes, biais policiers, bavures: ces deux affaires sont d’abord le reflet de l’échec des enquêteurs, même si la vérité finit – péniblement – par remonter au jour. Il faut dire que, s’agissant de Sal Mineo ou de Janice Wylie et Emily Hoffert, le hasard joue pleinement son rôle perturbateur et défie les raisonnements logiques. Impossible d’ailleurs de ne pas songer à l’histoire même de James Ellroy, dont la mère fut assassinée le 22 juin 1958 et dont le meurtrier, malgré des mois d’enquête, ne sera jamais arrêté.

Impuissance

Peut-être est-ce de là que vient cet étrange «nous» qui revient à la façon de mémoires un peu télégraphiques sur les deux affaires de Reporter criminel. C’est «nous» qui raconte. Un «nous» qui est peut-être celui de la société autant que celui des flics, et qui avoue, à demi, son impuissance.

Une écriture particulière déroule ces deux histoires. Dans «M comme meurtre» – qui retrace l’affaire Wylie-Hoffert, le style est lapidaire, précis jusqu’à l’obsession avec des descriptions quasi technique ; il est tout aussi direct et violent, mais s'offre de fugitives échappées lyriques dans «Traquenard nocturne» qui retrace la courte vie et la mort de Sal Mineo.

A de rares moments, en effet, James Ellroy délaisse ses phrases à la mitraillette – sujet, verbe, complément – et se pose: «Le temps est cet ami de passage qui vous hante et vous rappelle que vous n’avez rien d’autre que lui. Il a plu pendant quelques heures avant que Sal ne meure. A L.A., février est le meilleur mois. L’air est limpide. La pluie dilue les couleurs criardes que vous n’avez pas envie de voir.»


James Ellroy, «Reporter criminel», traduit par Jean-Paul Gratias, Rivages Noir, 140 p.

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