Berlin a trois opéras, elle doit les conserver. Telle est la volonté de Gerhard Schröder. Le chancelier a autorisé que l'Etat fédéral, malgré ses énormes difficultés financières, aide la capitale, elle-même dans une situation financière désespérée, à financer ses trois institutions phares: le Staatsoper, le Deutsche Oper et le Komische Oper. Le montage financier est complexe. L'Etat déchargera la Ville-Etat de Berlin de 22 millions d'euros annuels (34 millions de francs). Ce montant couvrira, notamment, les charges de l'Académie des arts présidée par le Suisse Adolf Muschg ainsi que celles de la Cinémathèque allemande. Ces deux institutions passent désormais sous le giron fédéral.

Financement précaire

Grâce à ce bol d'oxygène, Berlin pourra boucler le financement précaire de ses trois opéras. Cette aide ne bétonne pas le statu quo car entre-temps, les trois maisons auront été placées sous le toit unique d'une nouvelle fondation à la création de laquelle l'Etat fédéral participera encore à hauteur de 3 millions d'euros. Cette configuration doit favoriser les synergies – et donc les économies – dans plusieurs domaines (ateliers, création de costumes, billetterie, marketing, administration) tout en préservant l'identité artistique de chaque opéra. Christina Weiss, secrétaire d'Etat à la Culture estime que ces mesures permettront d'économiser 10 millions d'euros par an.

Moyens limités

La solution est-elle raisonnable? Les trois opéras coûtent 113 millions d'euros par an à Berlin. La capitale, avec ses 3,4 millions d'habitants, dispose de 4300 places occupés à seulement 63%, soit un taux inférieur à la moyenne allemande. Limités dans leurs moyens, les trois opéras échouent à rayonner autant qu'ils le souhaiteraient. La qualité artistique, mesurée en créations au retentissement national et international, est trop souvent inférieure aux ambitions affichées. Si bien que la pertinence des trois opéras restera une question d'actualité. Avec plus de 46 milliards d'euros de dettes, la capitale allemande est l'une des villes les plus endettées au monde.