Deux Césars pour Ma vie de Courgette, c’est dans le fond aussi inespéré qu’entièrement mérité. Dans son discours de remerciements, au moment d’accepter le prix du meilleur film d’animation, le réalisateur Claude Barras a joliment souligné que le film a été «conçu comme un hommage aux marginaux et un éloge de la faiblesse. Courgette montre que la différence ne doit pas être source de peur, mais de richesse.»

La scénariste Céline Sciamma, récompensée, elle, par le César de la meilleure adaptation, a plus tard enfoncé le clou, faisant du triomphe de ce long-métrage artisanal celui des minorités qui, un peu partout, sont oppressées.

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Prise de risque récompensée

Ma vie de Courgette aura mis dix ans à voir le jour. Pour Pauline Gygax et Max Karli, de Rita Productions, ces deux prestigieux trophées viennent couronner une jolie prise de risque, eux qui n’avaient jamais travaillé dans l’animation avant se lancer dans cette aventure aux côtés de Claude Barras. Joins à Los Angeles à quelques heures de la cérémonie des Oscars, le film était dans la nuit de dimanche à lundi en lice dans la catégorie du meilleur film d’animation, ils commencent par confier que «fatigué» est un mot très faible par rapport à ce qu’ils ressentent. Mais ils sont logiquement heureux.

S’ils pensaient bien avoir leurs chances pour le César de l’animation, obtenir celui de l’adaptation fut une heureuse surprise. Vu la condescendance d’un certain milieu parisien, la soirée de vendredi leur aura permis d’asseoir leur réputation, eux qui travaillent dans la production depuis treize ans et bénéficient déjà d’un excellent réseau en France.

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Le film est considéré comme un underdog, un futur perdant vu les poids lourds que nous avons en face.

Les Oscars? «Le film est considéré comme un underdog, un futur perdant vu les poids lourds que nous avons en face. Mais d’un autre côté, nous avons lu que les Américains aimaient beaucoup faire gagner les underdogs…», glisse Max Karli en expliquant que voir un film parti du Valais et de Genève être sélectionné comme un des cinq meilleurs de l’année aux Etats-Unis est quelque chose de phénoménal.

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Un autre producteur suisse a lui aussi été à la fête: le Genevois Michel Merkt, qui a également soutenu Ma vie de Courgette, mais aussi Juste la fin du monde, de Xavier Dolan (trois Césars), et Elle, de Paul Verhoeven (deux Césars). Sur la scène de la salle Pleyel, aux côtés de son associé Saïd Ben Saïd et du cinéaste néerlandais, il a dédié le César du meilleur film à «toutes les femmes qui ne se laisseront jamais faire et être des victimes».

Comme un enfant devant un feu d’artifice

Joint lui aussi du côté de la Californie, il confie que «d’un point de vue professionnel, c’est une vraie reconnaissance de la profession. Ça me prouve que mes choix étaient les bons, cela fait aussi beaucoup de bien après presque un an maintenant et les débuts parfois difficiles de certains de ces films à Cannes. D’un point de vue personnel, je suis un peu comme un enfant devant un feu d’artifice et je profite de chaque instant en pensant à ma femme, à mes enfants et à mes parents. Pour Courgette, on aimerait que toute l’équipe qui a travaillé sur le film puisse être avec nous et nous suivre, donc avec Pauline, Claude et Max, on prend toujours la marionnette, et à travers elle ce sont tous ces gens qui nous accompagnent…»