Genre: DVD et blu-ray
Qui ? Série créée par Terence Winter (dès 2010)
Titre: Boardwalk Empire, saison 2
Chez qui ? HBO/Warner

Qui ? Série créée par Frank Darabont (dès 2010)
Titre: The Walking Dead, saison 2
Chez qui ? AMC/Fox

Qui ? Série créée par David Simonet Eric Overmyer (dès 2010)
Titre: Treme, saison 2
Chez qui ? HBO/Warner

Pour les séries TV, la deuxième saison constitue un passage périlleux. Il faut tenir les promesses des débuts tout en relançant l’attention de téléspectateurs qui, entre-temps, ont quitté cet univers. Durant les deuxièmes chapitres, les déceptions abondent.

Voilà qui rend trois publications récentes d’autant plus intéressantes. Car les suites de Boardwalk Empire, The Walking Dead et Treme se révèlent d’une qualité égale à leurs prémices, voire supérieure – c’est flagrant pour The Walking Dead. Et puisque l’heure est américaine, ces trois grands moments de TV actuelle ont un mot à dire sur leur pays.

«Boardwalk Empire»: aux racines d’un mal. En revenant à Boardwalk Empire, on retrouve Enock Thomson, dit Nucky (Steve Buscemi), et ses improbables alliés d’Atlantic City. La série créée par Terence Winter, un ancien des Soprano, et coproduite par Martin Scorsese détaille la drôle de décennie des années 1920 dans cette cité de casinos et de cabarets interlopes, au moment de la prohibition. Avec la croissante violence des trafics que l’interdiction avait provoquée.

La deuxième livraison offre toujours des aperçus de New York et Chicago (avec le jeune Al Capone), tout en demeurant axée sur Nucky, trésorier du comté, faiseur et défaiseur de politiciens, arroseur de salles de jeu et, de fait, maître de la ville. Lequel se trouve en mauvaise posture, car certains proches, dont son fils spirituel, fomentent un renversement de pouvoir.

Au fil des attaques de convois chargés de barriques d’alcool, Boardwalk Empire poursuit sa relecture décapante de l’entrée des Etats-Unis dans une certaine modernité. Celle du marché du divertissement, de l’arène politique – qui, d’une certaine manière, lui correspond – et du crime organisé. Celle, aussi, de la collusion des fonctions publiques et des affaires personnelles, par un art de la manipulation, du chantage et du renvoi d’ascenseur dont Nucky sait jouer à merveille.

Ces jours, lorsqu’un éditorialiste, mentionné dans nos colonnes (LT du 29.10.2012), compare le système de financement des campagnes électorales modifié en 2010 à une nouvelle forme d’achat des élections, l’amateur ne peut que sourire: il songe à l’ancienne méthode, un peu rustique (liasses de dollars et prostituées pour capter les électeurs), contée dans les épisodes de Boardwalk Empire.

A petits pas, grâce au foisonnement de ses personnages, la série de Terence Winter atteint son statut de fresque à grand angle. Ce film complet que les cinéastes – à commencer par Martin Scorsese – ont toujours rêvé de produire au travers de leurs longs métrages.

«The Walking Dead»: la mécanique des morts-vivants. Samedi dernier, le badaud qui faisait son marché au centre de Lausanne a pu croiser un petit défilé de zombies. Une dizaine de marcheurs grimés façon chairs pendouillantes. Depuis quelque temps, ces déambulations macabres sont à la mode dans les villes européennes. Non sans débat: en France cette semaine, l’une d’elles a été interdite, pour ne pas choquer les passants le jour de la Toussaint.

Les morts-vivants sont partout: dans les séries TV, au cinéma, dans les jeux vidéo ou ceux pour téléphones portables; et The Walking Dead, qui adapte une collection de BD de Robert Kirkman, participe avec quelque puissance à l’approfondissement du thème.

Dans le postulat, rien d’original: un groupe d’épargnés doit survivre dans une Amérique envahie par les défunts, agressifs. La première saison se concluait sur une mauvaise nouvelle, les espoirs douchés après une visite au Centre national de recherche sur les épidémies. La deuxième ne commence guère mieux, par… un accident de chasse.

Plus que par ses massacres de zombies – la série est interdite aux moins de 16 ans –, The Walking Dead se singularise par sa précision dans la dynamique de groupe, dans les interactions troublées des rescapés. Et par son sens du suspense et sa construction narrative, qui atteint sans doute un sommet avec cette deuxième livraison. Le septième épisode se révèle ainsi époustouflant. Beaucoup d’analystes l’ont dit, la série créée par Frank Darabont s’inscrit dans les fictions du trauma post-11-Septembre; mais elle condense aussi un savoir-faire télévisuel, cette écriture combinant détails intimes et tension nécessaire au déploiement d’une telle histoire.

«Treme»: la musique face au délitement d’une ville. Soudain, face à une policière, LaDonna s’emballe: «On s’efforce de vivre dans cette ville. On essaie de revenir ici. On rassemble tout ce que l’on a. On essaie de vivre, et vous, vous contribuez que dalle…» La réplique est longue, mêlant les chicanes administratives pour l’aide à la reconstruction de maisons, une école avec «trois systèmes scolaires différents, deux qui n’apprennent rien et le troisième qui ne prend plus personne», les hôpitaux pas rebâtis…

Avant Sandy, il y a eu Katrina. Dans sa deuxième saison, Treme se place à La Nouvelle-Orléans, maintenant 14 mois après l’ouragan. Le fil conducteur se poursuit: les jours et les nuits de personnages bouleversés par la tempête. Et tous animés, au moins, par la fièvre musicale propre à la cité.

Mais à petite dose, les auteurs David Simon et Eric Overmyer (naguère à l’origine de The Wire/Sur écoute) reviennent à leur créneau favori, l’analyse des forces en présence dans la gestion d’une ville. Dans ce cas, il faut tout reconstruire, mais aussi juguler une criminalité galopante; pilier et faille à la fois de la cité, l’institution policière prend une place plus importante, en particulier à travers une enquête que mène une avocate sur la mort d’un jeune homme dans les jours qui ont suivi les inondations.

Inverse de The Walking Dead sur le plan narratif, chronique de petites gens s’accrochant à un rien pour se relancer, avec, toujours, le jazz comme seule valeur collective et source d’énergie dans la pétaudière générale, Treme confirme son originalité dans le paysage audiovisuel américain.

,