Trois verbes, trois artistes

Sculpture Denis Savary a répondu à une carte blanche de la galerie Xippas à Genève

La galerie Xippas de Genève vit en ce moment sur un mode peu commun pour elle. Elle a donné carte blanche à l’un de ses plus jeunes artistes, Denis Savary (1981), qui a réuni trois femmes de sa génération. Celles-ci ont en commun de s’exprimer par le geste sculptural. Les œuvres de Stéphanie Cherpin, Emilie Ding et Sonia Kacem sont dispersées dans les différents espaces de la galerie, afin qu’elles racontent leurs histoires et dialoguent sans se nuire.

Car ces sculptures-là ont bien un aspect narratif. Le titre de l’exposition le souligne, qui utilise trois verbes, non pas pour les juxtaposer mais pour leur faire jouer ensemble une multitude de sens possibles sur ce qui pourrait être fait et ce qui l’est finalement, sur ce qu’on peut essayer d’imaginer des temps à venir: Faillir pouvoir prévoir.

Entre deux vies

Les œuvres des unes et des autres naissent de la manipulation du béton et des peintures, des tissus épais, des objets de récupération. Emilie Ding fabrique des objets pesants qui, par leurs motifs, en appellent à des références modernes de la peinture, mais par leur façon d’être dans l’espace, souvent posés au sol, appuyés plus qu’accrochés au mur, s’imposent comme des sculptures. Des objets sobres, rudes au premier regard et qui pourtant se révèlent plus subtils, plus riches quand on les approche et que se livre le travail des matières. Rappelons que d’autres pièces d’Emilie Ding peuvent être vues en ce moment au Mamco tout proche.

Sonia Kacem y avait exposé l’an dernier. Loulou ressemblait à un paysage de bord de mer, fait de pyramides en tissus de tentes et de chaises longues, posées, couchées, droites, penchées… Ici, les mêmes tissus plus ou moins passés, plus ou moins salis par les intempéries, tombent sur des structures de bois cachées. Ils semblent suspendus entre deux vies, entre ce qu’ils ont été et ce qu’ils pourraient devenir. Certains, plus délicats, suspendus près de la bibliothèque, semblent être le vestiaire d’êtres inimaginables.

Trois œuvres de la Française Stéphanie Cherpin viennent heureusement compliquer la simple opposition des pièces des deux Romandes. Ainsi, dans la première salle, Foreign Parts, une armature de tente et quelques objets amalgamés, noircis de goudron et de peinture, évoque un sinistre, ouvre sur un monde qu’on imagine digne du Stalker de Tarkovski, et pourtant affiche une sorte d’élégance trash simplement séduisante.

Faillir pouvoir prévoir, Xippas, rue des Sablons 6, Genève. Jusqu’au 16 mai. www.xippas.net