Vincent Gessler, «Mimosa»

Tout part d’un souvenir comportant des mimosas, et une certaine violence. Agression initiale, ou réminiscence implantée? Pour son enquête, Tessa, qui dirige une agence de renseignements, embarque quelques amis, dont Crocodile Dundee. Et ils croiseront un Luc Besson ou un Jésus. Car dans cette ville d’une Amérique du Sud du futur, chacun se donne une personnalité – sauf Tessa. Pis, elle perd la sienne: cette plongée autour d’une mystérieuse trace mentale amène un doute. Tessa aurait-elle été, d’une certaine manière, programmée, voire inventée? L’investigation devient dangereuse, pour elle et ses amis.

La narration paraîtra parfois, peut-être, un brin touffue, comme trop immergée dans l’univers de l’auteur; mais après l’élégant Cygnis et sa quête post-apocalyptique, Mimosa confirme les ressources de Vincent Gessler. Son roman démarre sur des chapeaux de roue, et le foisonnement de ce futurisme-là est communicatif. Le Genevois ne se refuse aucun extra, y compris des bonus inspirés de ceux des DVD, avec scènes coupées, bêtisier et interviews des personnages. Y compris un entretien avec Marguerite Yourcenar, que Vincent Gessler «admire». L’exubérance des fleurs.

Vincent Gessler, Mimosa. L’Atalante, 342 p.

Lucas Moreno, «Singulier Pluriel»

«Trouver les mots» est le titre d’une des nouvelles du recueil Singulier Pluriel. Un beau texte, sorte de chronique martienne pessimiste, dans lequel le conteur d’une expédition partie explorer une nouvelle planète constate la déréliction ambiante. A une telle expédition, il faut le narrateur, le faiseur de mots et d’histoires – sauf que le mécanisme se grippe… Le titre même illustre la démarche de l’auteur, qui s’essaie à plusieurs registres sans y observer chaque tic, mais avec une approche déjà singulière. En discussion, il dit lui-même s’être cherché, et avoir opté pour une veine qu’il nomme – oui, trouver les mots… – «polar bizarroïde». A l’image de «Dellamorte Dellamore», autre grand texte du bouquet, mise en scène macabre et pourtant sentimentale du deuil d’un époux. Lucas Moreno cultive des images et des trames d’une étrangeté particulière, qui donnent à son premier ouvrage une teinte d’emblée personnelle. Il n’y a pas à chercher loin pour trouver le mot: un auteur à suivre.

Lucas Moreno, Singulier Pluriel. Hélice Hélas, 228 p.

Laurence Suhner, «Vestiges»

Gemma: une planète caparaçonnée de glaces, colonisée douze millénaires auparavant par une civilisation perdue. Les «Bâtisseurs» ont laissé un sanctuaire enfoui sous terre et, en orbite, un gigantesque vaisseau fantôme, le Grand Arc. Hantée par des rêves étranges, la microbiologiste Ambre Pasquier cherche à percer les secrets enfouis.

Alliant brillamment archéologie et physique quantique, Laurence Suhner signe un premier roman impressionnant. Elle met en scène une multitude de personnages, fait entrer en résonance les espaces intérieurs et extérieurs, multiplie les points de vue, entre même dans la peau d’un extraterrestre. Palpitant de bout en bout, Vestiges tient ses promesses et suscite une admiration sans réserve.

Laurence Suhner, Vestiges. L’Atalante, 576 p.