Troisième saison planante à Aix

Classique Le festival de Renaud Capuçon étend son aura. Bonheurs

Qu’est-ce qui fait son succès? L’alchimie délicate entre le prestige, la qualité à son plus haut niveau, le mélange des générations, la volonté de partage et de transmission, et cette touche d’intimité qui fait se sentir chez soi. En résumé, la définition idéale d’une rencontre saisonnière. En trois ans seulement, le Festival de Pâques d’Aix-en-Provence s’impose sans aucun doute comme l’incontournable rendez-vous français du printemps classique. La manifestation a aligné, depuis son ouverture le 30 mars, des concerts largement suivis par un public déjà fidèle, et de nouveaux venus. Salles combles et public euphorique.

Estimée aux alentours de 90% – à confirmer à l’issue des concerts le 12 avril –, la fréquentation se situe à une belle hauteur. Et les réservations ont cette année fait un bon de 30% par rapport à l’édition précédente, où plus de 17 600 spectateurs s’étaient rendus, toutes manifestations confondues (pour un taux de fréquentation de 83,6%). Le bouche-à-oreille a fonctionné à plein sur une réputation déjà solidement installée.

Entièrement financée par le Crédit Mutuel-CIC, qui a engagé en 2013 le violoniste Renaud Capuçon à l’artistique et le directeur du Grand Théâtre de Provence, Dominique Bluzet, à l’administratif sur une période de 5 ans, la manifestation marche si bien qu’on imagine mal un non-renouvellement du duo directionnel. En attendant, l’analyse de la fréquentation indique une nette augmentation du public national et international. Le festival étend donc son aura au-delà des frontières. Renaud Capuçon reste lucide devant cette success story et revient sur sa 3e édition.

Des moments intenses

«Ce qui est très palpable cette année, c’est l’effervescence qui règne partout. Malgré trois annulations d’importance (Martha Argerich, Maria João Pires et Menahem Pressler, ndlr), ce qui est inhérent à toute programmation, les concerts sont pleins. Depuis le premier soir, il règne une vraie ambiance de festival. On sent une véritable adhésion du public, non seulement en nombre, mais en qualité. L’attention des salles est très touchante.»

Assumer trois défections n’a pas perturbé le responsable hyper-organisé, qui gère remplacements, partitions ou déplacements depuis son BlackBerry. «Je suis assez zen devant ce genre de situation. Comme musicien, je connais le problème de l’intérieur. J’anticipe et je n’ai pas d’état d’âme. Il y a toujours des solutions.» Et des contacts… Les grands moments du cru 2015? «La réaction de l’audience est très significative. Les longues secondes de silence après la fin et les standing ovations pour John Eliot Gardiner, Maxim Vengerov ou Jonathan Nott ne trompent pas. Le public est réceptif et sensible. Il a couru au concert Frères et sœurs et à la création de Wolfgang Rihm. De beaux signes.»

On sait Renaud Capuçon attaché à la diversité. Il préfère la vibration des rencontres et le sens intime qui ressort des affiches à une thématique pure. Et il respecte les différences: il n’y aura pas de collusion entre Aix et Gstaad, qu’il reprendra en 2016. A «formats différents», artistes et œuvres autres. Quant à Jonathan Nott, qu’il connaît depuis 10 ans, il l’apprécie. «Très ouvert, il a beaucoup évolué. Il aime travailler sur le long terme et l’approfondissement du travail. C’est un formidable atout pour l’OSR.»