Cinéma

Truands refroidis à la douzaine dans «Sang froid»

Dans les neiges du Colorado, un paisible citoyen se mue en justicier impitoyable et décime les trafiquants de drogue. Remake américain réussi d’un polar norvégien noir comme l’humour

Nels Coxman (Liam Neeson) est un père tranquille qui déblaie la neige et vient d’être nommé citoyen d’honneur de sa petite ville du Colorado. Le jour où son fils est assassiné par des trafiquants de drogue, le paisible pilote de chasse-neige voit rouge. Il va impitoyablement décimer les responsables de ce meurtre, les uns après les autres, des exécuteurs aux barons du crime.

Ces dernières années, le grand Liam Neeson (La liste de Schindler, Rob Roy, Michael Collins…) s’est profilé en successeur de Charles Bronson dans des nanars sanglants tels Taken 1, 2 & 3, Sans identité, Non-Stop et autres apologies explosives de la justice personnelle. On pouvait craindre la routine du dégommage de vilains, mais Sang froid a dans son ADN une bonne dose d’humour septentrional qui le rapproche de Tarantino ou des frères Coen (Fargo, plus particulièrement).

Effroyablement neigeux

Avant d’être Sang froid (Cold Pursuit en v.o.), le film s’est intitulé Refroidis (Kraftidioten en v.o.) et il a été conçu dans le froid de la sombre Norvège par Hans Petter Moland, avec Stellan Skarsgard dans le rôle principal. Cinq ans plus tard, le réalisateur reste aux manettes pour ce remake délocalisé aux Etats-Unis. On retrouve le décor effroyablement neigeux, les principales figures, tel le baron de la drogue psychotique et végétalien, et la trajectoire impavide de Nels, qui élimine les salauds, puis jette les corps emmaillotés dans du treillis métallique au fond d’un torrent écumant, jusqu’à provoquer une guerre des gangs.

Un changement de coloration intervient: ce n’est plus la mafia serbe qui s’oppose au truand local, mais White Bull, chef d’un cartel de Natives, ce qui autorise quelques gags ethniques – la mélancolie du vieux chef dans une boutique de luxe, touchant les authentiques tissages indiens made in China.

Deux détails amusants: le critique du Temps disait de Stellan Skarsgard, dans le rôle du dézingueur déchaîné, qu’il était «parfait sur le mode Liam Neeson». Le temps lui a donné raison… Dans Kraftidioten, le chef du gang balkanique était incarné par Bruno Ganz, baragouinant un sabir incompréhensible. Le comédien avait été sidéré par l’énergie que ses partenaires serbes mettaient à manger, boire, fumer et sniffer…


Sang froid (Cold Pursuit), de Hans Petter Moland (Royaume-Uni, Norvège, Canada, Etats-Unis, 2019), avec Liam Neeson, Laura Dern, Micheal Richardson, 1h59.

Publicité