Sommet

Trump refuse d'affronter Poutine sur l'ingérence électorale

Donald Trump a obstinément refusé lundi de condamner Moscou pour l'ingérence dans la campagne présidentielle américaine lors d'un sommet à Helsinki avec Vladimir Poutine où les deux hommes ont plaidé pour un nouveau départ dans les relations Washington-Moscou

«Je ne vois aucune raison» de croire que les Russes se sont ingérés dans la présidentielle de 2016, a lancé le président des Etats-Unis, laissant entendre qu’il était plus sensible aux dénégations de l’homme fort du Kremlin qu’aux conclusions du renseignement américain.

A l’issue de leur premier sommet – très attendu – à Helsinki, le locataire de la Maison Blanche et l’homme fort du Kremlin ont insisté sur leur volonté de dialogue, restant très discrets sur les sujets de contentieux, Ukraine et Crimée en tête.

«Très réussis et très utiles»

«J’espère que nous avons commencé à mieux nous comprendre», a déclaré M. Poutine, évoquant des pourparlers «très réussis et très utiles», tandis que M. Trump, debout à ses côtés dans un salon du palais présidentiel, louait un dialogue «direct, ouvert et très productif».

Fait notable: le 45e président des Etats-Unis a tenu à mettre en lumière les dénégations de son interlocuteur, plutôt que les conclusions du renseignement de son pays.

«Le président (Poutine) conteste avec force» une telle ingérence, a-t-il martelé, avant de dénoncer l’enquête en cours menée par le procureur spécial Robert Mueller.

«Cette enquête est un désastre […] qui a eu des conséquences négatives sur les relations des deux premières puissances nucléaires du monde», a-t-il affirmé.

«Il n’y a eu aucune collusion. Tout le monde le sait […]. Nous avons mené une campagne remarquable et c’est la raison pour laquelle je suis président», a-t-il ajouté.

Vladimir Poutine, qui a une nouvelle fois nié toute ingérence, souhaitait-il voir Donald Trump l’emporter face à la démocrate Hillary Clinton? «Oui», a répondu ce dernier sans détour. Raison avancée? «Il parlait de normalisation des relations russo-américaines».

L’enquête menée, à Washington sur l’interférence russe en faveur de Trump dans la campagne présidentielle de 2016, a été relancée de façon spectaculaire, à trois jours du sommet, par l’inculpation de 12 agents du renseignement russe accusés d’avoir piraté les ordinateurs du parti démocrate.

Le président (républicain) de la Chambre américaine des représentants, Paul Ryan, a réagi lundi aux propos de Donald Trump à Helsinki en estimant qu’il ne faisait «aucun doute» que Moscou s’était immiscé dans les élections américaines de 2016 et en conseillant au président américain de «bien comprendre que la Russie n’est pas notre alliée».

«Il n’y a pas équivalence, sur un plan moral, entre les Etats-Unis et la Russie, qui demeure hostile à nos valeurs et idéaux qui nous fondent. Les Etats-Unis doivent s’attacher à demander des comptes à la Russie et à mettre fin à des attaques ignobles contre la démocratie», a déclaré Paul Ryan.

Espoir d’une relation personnelle

Le milliardaire américain, au pouvoir depuis 18 mois, affiche de longue date l’espoir de nouer une relation personnelle avec l’ex-officier du KGB, qui tient les rênes du pouvoir en Russie depuis 2000.

Peu avant la première poignée de main, il avait donné le ton dans un tweet pour le moins surprenant de la part d’un président américain. Il a attribué les mauvaises relations entre Washington et Moscou à… «des années de stupidité de la part des Etats-Unis» et à la «chasse aux sorcières» menée selon lui par le FBI qui enquête sur l’interférence russe dans la présidentielle de 2016.

Torrey Taussig, de la Brookings Institution, a vu dans ce tweet un «signe inquiétant». Si les relations avec Moscou sont aussi mauvaises, rappelle-t-elle, c’est à cause de «l’attitude de Poutine en Ukraine et en Syrie, de l’interférence dans des élections démocratiques… et la liste est longue».

Pas de détails

De la Syrie à la Crimée, nombre de diplomates et d’analystes redoutaient qu’il ne fasse une série de concessions à l’homme fort du Kremlin. Mais les deux hommes seront restés avares en détails. Le président américain est impatient de prendre ses distances avec le conflit syrien et de retirer les troupes américaines présentes sur place. La Russie, à l’inverse, présente militairement sur place depuis 2015 en soutien au régime de Bachar al-Assad, entend plus que jamais y jouer les premiers rôles.

Sur la Crimée, M. Trump entretient depuis plusieurs semaines l’ambiguïté, refusant d’exclure explicitement la reconnaissance de son annexion par la Russie. Le sommet est la dernière étape d’un voyage d’une semaine en Europe au cours de laquelle le magnat de l’immobilier a tiré à boulets rouges sur ses alliés – Allemagne en tête – tout se tenant soigneusement à l’écart de toute critique à l’encontre du président russe.

Interrogé sur les rumeurs faisant état de dossiers compromettants détenus par Moscou sur Donald Trump, Vladmir Poutine les a écartées d’un revers de manche. «Il serait difficile d’imaginer une plus grande absurdité! Sortez-vous ces idioties de la tête», a-t-il lancé.

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