Sommet 

Trump s’aligne sur le monde selon Poutine

La rencontre historique d’Helsinki entre le président américain et son homologue russe marque un rapprochement entre les deux pays selon les termes du Kremlin

Donald Trump a montré lundi à Helsinki qu’il était résolument sur la même ligne que Vladimir Poutine. Durant la conférence de presse qui a suivi leur premier véritable entretien en tête à tête (plus de deux heures), le président américain s’est abstenu de faire le moindre reproche à son homologue russe à propos des interférences durant les élections présidentielles américaines. En dépit des accusations de plus en plus précises de la justice américaine.

Donald Trump a présenté ces accusations comme dénuées de fondement et liées à un conflit partisan avec le Parti démocrate. A contrario, les arguments présentés par Vladimir Poutine lui ont semblé «très puissants». Le président américain a soigneusement esquivé les questions délicates qui auraient pu le mettre en porte-à-faux par rapport à un Vladimir Poutine plus sûr de lui que jamais.

«C’est une débâcle complète pour Trump et un grand slam pour Poutine, qui a récolté tout ce qu’il voulait sans céder sur rien. Comme dit le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov: mieux que super!» estime Vladimir Frolov, spécialiste des relations russo-américaines. Poutine est-il plus près que jamais de son objectif de régner sur le globe de concert avec Donald Trump? «C’est un pas dans cette direction. Il va régner sur le monde. Pas avec Trump, mais à travers Trump, c’est-à-dire tout seul», poursuit l’expert sur un ton grinçant.

Question ukrainienne non abordée

L’Ukraine, l’un des dossiers les plus épineux entre les deux pays, n’a quasiment pas été évoquée, mais Donald Trump n’a pas reconnu l’annexion russe de la Crimée, ce qui était craint par Kiev et les capitales européennes. Le président américain n’a pas non plus annoncé un retrait de Syrie, se contentant de déclarations floues sur la «nécessité d’aider les gens et d’apporter de l’aide humanitaire». Il a surtout évoqué la situation syrienne à travers le «succès de l’anéantissement de l’Etat islamique» et la nécessité d’assurer la sécurité d’Israël sur le plateau du Golan. Sur chaque point évoqué, Vladimir Poutine complétait son homologue américain par des propos plus précis.

«La situation dans le Golan doit être mise pleinement en conformité avec l’accord de désengagement des forces de 1974 entre la Syrie et Israël», a indiqué le président russe. A plusieurs reprises, Vladimir Poutine a insisté sur la «responsabilité toute particulière des Etats-Unis et de la Russie dans la gestion de la sécurité internationale» du fait de la dominance accordée par leur arsenal nucléaire. L’intention de revenir à une architecture internationale supervisée par deux superpuissances est plus claire que jamais.

Le sommet ne se présentait pourtant pas sous les meilleurs auspices pour les deux hommes. Donald Trump est arrivé dès dimanche soir à Helsinki, prenant position avant son homologue russe, afin de rencontrer le président finlandais, Sauli Niinistö, tôt lundi matin dans sa résidence. Anticipant une dure journée, Donald Trump a encore tenté un apaisement en tweetant lundi matin: «Notre relation avec la Russie n’a JAMAIS été si mauvaise à cause de nombreuses années de sottises et de stupidité américaines, et maintenant cette chasse aux sorcières truquée», absolvant ainsi la Russie de toute responsabilité. Peu avant, le service de presse du Kremlin faisait savoir qu’il n’y aurait pas de communiqué commun au terme du tête-à-tête. Signe des difficultés rencontrées par les deux camps pour trouver un terrain d’entente durant la préparation du sommet.

Retard de Vladimir Poutine

L’avion de Vladimir Poutine a atterri à l’aéroport d’Helsinki lundi en milieu de journée, mais avec une demi-heure de retard sur l’horaire prévu. Les retards du président russe sont devenus suffisamment systématiques pour être interprétés sur une échelle informelle du respect. Les monarques l’attendent généralement moins d’une demi-heure, tandis que les dirigeants ukrainiens (avant l’annexion de la Crimée) doivent poireauter plus de trois heures. La chancelière allemande, Angela Merkel, détient le record avec 4h15.

Mais, fonçant en direction du palais présidentiel, le cortège de Vladimir Poutine a finalement pris de cours celui, indolent et interminable, du président américain, qui peut-être n’avait pas envie de subir l’humiliante attente. Ce tour joué par les Russes sur le protocole a permis à Vladimir Poutine d’apparaître comme accueillant Donald Trump. Tout un symbole, sachant que la Finlande a longtemps été contrainte à la neutralité par son menaçant voisin soviétique.

Lors de leur première apparition ensemble devant les journalistes, les deux chefs d’Etat ont paru plutôt tendus, surtout Vladimir Poutine, qui portait le masque des mauvais jours. Ils se sont assis sans se serrer la main, débitant tous deux des phrases parfaitement convenues, avec des mines d’enterrement. Avec le recul, cette tension paraît comme une supercherie destinée à souligner le basculement dans une nouvelle ère, avec un avant et un après Helsinki. L’establishment américain s’inquiétait des concessions possibles d’un Donald Trump imprévisible, face à un Vladimir Poutine toujours minutieusement préparé aux négociations. Lundi soir, ces craintes apparaissent plus fondées que jamais.

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